Charles Galtier

TU VOUDRAIS NOUS PARLER
                     à Serge Bec
Tu voudrais nous parler de choses que tu ne connais pas,
les épandre à brassées sur les aires du verbe
que nous aurions foulées à brins menus,
puis vannées dans le vent
pour engranger le grain laissant voler la paille.
Il te semblait ouïr un bruit de feuilles et de vagues lointaines
à l'horizon de ton rêve mais tu n'étais sûr de rien.
Peut-être une moisson, là-bas, ondoyait-elle
dans un monde nouveau, une sorte d'été
qui pourrait se dire avec des mots tout neufs,
les mots qu'on trouverait si ces choses étaient.
Mais tout reste noyé dans de farouches ombres.
C'est un pays qui n'est pas né encore et qui n'a rien,
ni terre, no soleil, point d'étoiles et point d'eau.
Des fleurs jamais ouvertes, des plantes incréées
vainement chercheront leur forme et leur couleur,
des dents ne sauront pas les fruits qu'elles mordraient,
des bêtes inconnues ne viendront pas sur le sable poser
de nouvelles empreintes pour dire leur passage,
des arbres qui pourraient étonner le soleil et les vents
ne tendront pas leur ombre au bout de leurs rameaux,
et d'étranges oiseaux ne feront pas leur nid
à la fourche des branches, jamais n'y chanteront,
des eaux ne sauront pas sourdre à de neuves sources,
l'amour ne viendra pas enflammer ton visage.
Tout reste enseveli dans le néant et l'ombre.
Ce ne seraient même pas des arbres, des oiseaux ni des fleurs...
Aux limites de ce pays à jamais incréé,
les choses que tu ne connais pas et qu'en vain tu réclames
et qu'en vain tu supplies de venir dans ta vie,
la lumière te manque pour bien les distinguer.
Tu cherches en vain les noms qu'il faudrait inventer,
tu ne sais les trouver et rien ne te répond.
Les noms qu'il faut savoir ne sont pas dans ta tête...
Ces noms que te diraient les choses, si elles venaient.


DU WILLST UNS ERZÄHLEN

                    für Serge Bec

Du willst uns von Dingen erzählen, die du nicht kennst,
sie armvollweise ausstreun auf den Tennen des Wortes,
dann würden wir sie zerstampfen in feinen Garben
und sie schwingen im Wind, das Stroh flöge fort,
und wir könnten das Korn in die Scheune bringen.
Dir schien, als hörtest du Blätter rascheln, Wellen rauschen
am Horizont deines Traums, doch warst du ungewiß.
Womöglich wogte dort reifes Getreide
in einer neuen Welt, einem anderen Sommer,
für die sich neue Wörter finden würden,
wenn diese Dinge Dasein hätten.
Aber alles ist in abweisendes Dunkel getaucht.
Es ist noch nicht geboren, jenes Land, es hat
weder Erde noch Sonne, keine Sterne, kein Wasser.
Nie aufgeblühte Blumen, unerschaffene Pflanzen
suchen vergebens ihre Farbe und ihre Gestalt,
den Zähnen bleibt fremd der Geschmack der Früchte,
im Sand hinterlassen unbekannte Tiere
keine Spuren, die ihren Weg verraten,
für Sonne und Wind erstaunliche Bäume
spenden keinen Schatten mit ihren Zweigen
und sonderbare Vögel nisten nicht im Geäst
und singen nie dort ihre Lieder,
kein Wasser sprudelt aus neuen Quellen,
die Liebe entflammt in deinen Augen nicht.
In Nichts und Dunkel ist alles begraben.
Vielleicht sind da gar keine Bäume, Vögel und Blumen...
An den Grenzen dieses für immer wesenlosen Landes
fehlt dir das Licht, die Dinge wahrzunehmen,
die du nicht kennst, die du vergeblich forderst,
vergeblich bittest, in dein Leben zu treten.
Die zu erfindenden Namen suchst du umsonst,
du kannst sie nicht finden, dir antwortet nichts.
In deinem Kopf sind diese Namen nicht,
die dir die Dinge sagen würden, wenn sie kämen.

COMME UN FEU DE SARMENTS
Du feu et de la flamme,
quand le bois a brûlé,
que restera-t-il?
Seules les cendres gardent
le souvenir du bois.

Peut-être diront-elles
qu'elles ont un instant
animé les flambées
qui ont soudain jailli
du bois sec des sarments.

Ainsi, réduites en poudre
dans le foyer de l'âtre,
les cendres portent témoignage.
Un temps encore ces restes
évoquent le bois.

Mais du feu flamboyant
qui chauffe et étincelle
tout autant que le bois pétille,
quand les cendres seront refroidies,
plus rien ne dira rien.

Il en va ainsi pour ton âme
qui réclame ton corps
jusqu'à ce que tu sois mort
et qui te quitte alors
n'ayant plus de sarments.

Tu le devines pourtant
que tout le bois qui brûle
périt avant les flammes
invisibles de l'âme
et chauffe beaucoup moins.

On oubliera les cendres
et le corps qui fut tien,
mais l'âme qui vécut
parlera encore de toi
à qui voudra l'entendre.

Qui sait si, de la sorte,
la flamme disparue
qui paraissait perdue,
ne sera finalement pas venue
éveiller d'autres feux?...

WIE EIN REBENHOLZFEUER

Von Feuer und Flamme,
was wird davon bleiben,
wenn das Holz verbrannt ist?
Nur die Asche bewahrt
die Erinnerung ans Holz.

Vielleicht wird sie sagen,
sie habe für einen Augenblick
das Lodern belebt,
das plötzlich emporsprang
aus den trockenen Reben.

Im Herd zu Staub geworden,
legt die Asche
nun Zeugnis ab.
Für eine Weile erinnert
sie noch ans Holz.

Doch vom flackernden Feuer,
das wärmt und funkelt
beim Knistern des Holzes,
wird nichts mehr künden,
wenn die Asche erkaltet.

So auch deine Seele:
sie fordert deinen Leib,
bis du gestorben bist,
und dann verläßt sie ihn,
weil keine Reben mehr da sind.

Dabei erahnst du,
daß alles verbrennende Holz
schon vor den unsichtbaren Flammen
der Seele zugrunde geht
und viel weniger wärmt.

Man wird die Asche vergessen,
den Leib, der deiner war,
doch die Seele, die lebte,
wird jedem, der hören will,
noch von dir erzählen.

So wird vielleicht
die verschwundene Flamme,
die verloren schien,
am Ende gekommen sein,
andre Feuer zu wecken?...

(Les ailes de l'oiseau, les racines de l'arbre /
Die Flügel des Vogels, die Wurzeln des Baums,
Les Cahiers de Garlaban, Hyères 1989)

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