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Lucien Wasselin |
NOUVELLES BREVES 1 est-ce lutter contre la mort que s'échiner à vivre bruyamment dans les lumières artificielles quand la nuit est tombée, repoussant le sommeil qui vient et quand tu sais que le lendemain tu ne pourras pas te lever avec le soleil? la dérision est au rendez-vous; elle a toujours les traits tirés. 2 la fille de la voisine a le cancer. tu viens de l'apprendre. la vie t'apparaît alors comme en sursis; tu aimerais passer la nuit ailleurs que dans ton lit. 3 tu as eu des nouvelles de ton village natal. il y a quarante licenciements dans la petite usine; des gens que tu as connus sont morts; depuis que la maison est vide, le jardin de ton père est envahi par les chardons et les séneçons. ainsi, tu habites à quatre-vingt-dix kilomètres du malheur. 4 finalement, dans ce pays les brumes matinales ne se dissipent jamais. on marche toujours les mains tendues pour ne pas se faire de mal. cependant le corps a l'habitude, on ne sent plus ses écorchures, le sang coule toujours, on ne s'en rend plus compte. en attendant. KURZNACHRICHTEN 1 soll das ein kampf gegen den tod sein, wenn man sich damit abrackert, lärmend im künstlichen licht zu leben, wenn es nacht geworden ist, wenn man den schlaf zurückdrängt und dabei weiß, daß man am nächsten tag nicht mit der sonne aufstehen kann? der spott ist da, wie verabredet; er sieht immer übernächtigt aus. 2 die nachbarstochter hat krebs. grad hast dus erfahren. da wird dir klar, wie das leben befristet ist; gern würdest du die nacht anderswo als in deinem bett verbringen. 3 du hast nachricht aus deinem heimatdorf bekommen. vierzig haben sie in der kleinen fabrik entlassen; leute, die du gekannt hast, sind gestorben; seit das haus unbewohnt ist, überwuchern disteln und kreuzkraut den garten deines vaters. so lebst du neunzig kilometer weit vom unglück entfernt. 4 in dieser gegend lichtet sich der morgennebel eigentlich nie. man geht immer mit nach vorne ausgestreckten armen, um sich nicht wehzutun. der körper ists aber schon gewohnt, man spürt die schrammen nicht mehr, das blut fließt immerzu, man merkts gar nicht mehr. vorerst. (Fragments du manque, Le Dé bleu, Chaillé-sous-les-Ormeaux 1988) |