Roland Tixier

33 FOIS L'ESPOIR

l'allumette dans la brume
flammes bleues, casseroles
et filtres Melitta
dans les cuisines laquées
la France du petit matin

au café, à la hâte
le quotidien, on cherche
un signe, une trace
la marque exacte
à la page des sports

le point du jour
en courant d'air
ces mains qu'on serre
par tous les temps
ça ira mieux demain

l'entrée de l'usine
les lendemains qui chantent
les affiches fraîches
les gardes en casquette
l'ordre du jour

immenses vaisseaux blancs
trajectoires au cordeau
transparence, graffiti
banlieues sur parking
qu'on finit par trouver belles

auprès des tours
les bas-côtés
matelas, bidons d'huile
grillages, buissons d'épines
et sacs de Carrefour

chiens noirs qui traînent
près des calandres
dans les flaques multicolores
longtemps, muets
anonymes

et trop fragile
bord de paupière
gorge où l'on plie
les pesantes écharpes
des brumes de banlieue

peines extrêmes
que l'on devine
les mots qui battent le pavé
que l'on répète
pour ainsi dire

il vous aborde dans la rue
il cherche du travail
on hésite, on dit
les mots qui passent par la tête
et puis, on va boire un café

l'ascenseur, le miroir
parfums acérés de Paris
lèvres sang vernissées
foulards fluorescents
pour les nuits à venir

moquette rase
double vitrage
bonheur intérimaire
et seuil de pauvreté
veuillez parler dans l'hygiaphone

geste entr'aperçu
papier glissé dans la boîte
te souviens-tu
on se rappelle
dans le désordre

samedi soir, la fête
le match de basket
coude à coude aux guichets
et ce plaisir dans les poitrines
plein tarif

peuple du 3e niveau
debout dans les virages
drapeaux, cornes de brumes
on est toujours là
dans le même bateau

projecteurs, haut-parleurs
pluie fine sur les populaires
joie imperméable
autour des feux de Bengale
la grande foule des derbies

en short, entre les cages
sur les terrains gelés
des dimanches matins
sans vestiaire, à dix ans
à la poursuite d'un but

le car de la colo
écris-nous, amuse-toi bien
son enfant parmi les autres
le front collé sur la vitre
bleutée, de sécurité

femmes éparses, enfants légers
solitaires des grandes surfaces
néons acides
disco de plomb
espoir sous vide

l'étranger pris au passage
en auto-stop, qui se tait
et finit par s'endormir
que l'on réveille en ville
près d'une bouche de métro

demeurer sans parler
sans vouloir comprendre
trop rapide nouvelle
à l'autre bout du fil, aussi
on ne raccroche pas

jours bien trop courts
qui s'effritent, s'éparpillent
jours fuyants sans appel
les plages glacées
de l'almanach des postes

les amis qui vous quittent
et s'en vont trop loin
les commerces, les voisins
les enfants, même les saisons
rien n'est plus comme avant

ceux qui sont revenus
grands-pères de quatorze
pères de quarante
frères d'Algérie
sans faire d'histoire

orange, rouge
penché sur le volant
impression de tourner en rond
au ralenti, soupirs
hermétiques

l'angle des rues
où l'on piétine
sans rien se dire
on tourne la tête
chacun son tour

rien ne va plus
repousser le starter
couper le contact
et rester là
batterie à plat

avec un ciel si bas
la pluie de 18 heures
l'horizon dans les phares
les mélodrames immédiats
des boulevards périphériques

l'autoroute, la file
rails de sécurité
le fleuve aux mousses roses
les mouettes éternelles
les poireaux bleus de Solaize

accélérer, doubler
le frein à fond, priorité
ligne droite, plein phare
une journée s'achève
en queue de poisson

2o heures au quartz
le Sahel aux infos
les sourires de glace
au loto il fallait jouer
les accessoires pour la tête

fin de dimanche
météo, pub
sa chaîne
son grand film
le coeur sur l'enclume

et dans le noir
ces pages dérobées
ce long roman
où l'on s'endort
au tout dernier moment

(Aube, Vénissieux 1988)


33MAL HOFFNUNG

Streichholz im Nebel
blaue Flämmchen, Töpfe
und Melittafilter
in lackierten Küchen
Frankreich am frühen Morgen

im Café, hastig
die Zeitung, man sucht
ein Zeichen, eine Spur
die genaue Angabe
auf der Sportseite

Tagesanbruch
im Durchzug
Händedrücken
bei jedem Wetter
morgen gehts schon besser

Fabriktor
es kommt eine bessere Zeit
frische Plakate
die Wächter mit ihren Mützen
der Tagesbefehl

riesige weiße Schiffe
schnurgrade Bahnen
Überschaubarkeit, Wandsprüche
Parkplatzvorstädte
irgendwann findet man sie schön

neben den Wohntürmen
die Böschungen
Matratzen, Ölkanister
Drahtgitter, Dornengestrüpp
und Plastiktüten vom Supermarkt

zwischen den bunten Pfützen
mit den Kornwürmern
streunen schwarze Hunde
stumm, namenlos
lange umher

und allzu zerbrechlicher
Lidrand
der Hals umwickelt
von den schweren Schals
des Vorstadtnebels

schlimme Not
die man erahnt
herumlungernde Worte
die man wiederholt
sozusagen

er spricht einen auf der Straße an
er sucht Arbeit
man zögert, man sagt
was einem gerade einfällt
und geht dann einen Kaffee trinken

der Fahrstuhl, der Spiegel
scharfer Parfümgeruch
blutrot glänzende Lippen
fluoreszierende Hals tücher
für die bevorstehenden Nächte

glatter Teppichboden
doppeltes Panzerglas
kurzfristiges Glück
und Existenzminimum
bitte hier sprechen

flüchtig wahrgenommene Geste
in den Kasten gesteckter Zettel
weißt du moch
man erinnert sich
bestürzt

Samstagabend, gute Stimmung
das Basketballspiel
Ellbogen an Ellbogen vor dem Schalter
und diese Vorfreude in der Brust
voller Preis

die Leute vom dritten Rang
Stehplätze in den Kurven
Fahnen, Nebelhörner
da ist man immer
im selben Boot

Scheinwerfer, Lautsprecher
Nieselregen auf das gemeine Volk
undurchlässige Freude
rund um die bengalischen Feuer
die große Menge beim Derby

in kurzen Hosen zwischen den Netzen
auf gefrorenem Platz
sonntagsmorgens
ohne Kabinen, mit zehn Jahren
auf ein Ziel, ein Tor zu

der Bus zum Ferienlager
schreib uns mal, und viel Spaß
das eigene Kind inmitten der anderen
die Stirn gegen das blaugetönte
Sicherheitsglas gepreßt

vereinzelte Frauen, flinke Kinder
Einzelgänger der Einkaufszentren
säuerliches Neonlicht
bleierne Diskomusik
vakuumverpackte Hoffnung

der Fremde, den man im Auto
mitnimmt, der schweigt
und schließlich einschläft
den man in der Stadt weckt
und beim U-Bahneingang absetzt

dastehen ohne zu sprechen
ohne verstehen zu wollen
zu schnelle Nachricht
vom andern Ende des Drahts, und nun
hängt man nicht ein

viel zu kurze Tage
die zerbröckeln, zerlaufen
unwiderruflich flüchtige Tage
die eisglatten Flächen
des Telephonbuchständers

die Freunde, die sich verabschieden
und zu weit weg ziehen
die Geschäfte, die Nachbarn
die Kinder, selbst die Jahreszeiten
nichts ist mehr wie vorher

die heimgekehrt sind
die Großväter 14/18
die Väter 194o
die Brüder aus Algerien
ohne viel Aufhebens

gelb, rot
über das Steuer geneigt
das Gefühl, sich in Zeitlupe
im Kreis zu bewegen, Seufzen
hermetisch abgeriegelt

Straßenkreuzung
wo man auf der Stelle tritt
ohne miteinander zu sprechen
man schaut sich um
einer nach dem andern

nichts geht mehr
Chike wieder rein
Zündschlüssel raus
und stehenbleiben
mit leerer Batterie

bei so niedrigem Himmel
Regen um sechs Uhr abends
Horizont im Scheinwerferlicht
die prompten Dramen
auf den Ringstraßen

Schlange auf der Autobahn
Leitplanken
der Fluß mit rosa Schaumflocken
die ewigen Möwen
die blauen Lauchfelder von Solaize

Gas geben, überholen
Bremse durchtreten, Vorfahrt
grade Linie, voll aufblenden
ein Tag geht
irgendwie zu Ende

die Leuchtziffern zeigen 2o Uhr
der Sahel in den Nachrichten
eisiges Lächeln
Lotto hätte man spielen müssen
Zubehör für den Kopf

Sonntagabend
Wettervorhersage, Werbung
Programm wie gehabt
großer Film wie gehabt
das Herz auf dem Amboß

und im Dunkeln
die heimlichen Seiten
dieser lange Roman
in dem man einschläft
im allerletzten Augenblick

Roland Tixier

33 FOIS L'ESPOIR

l'allumette dans la brume
flammes bleues, casseroles
et filtres Melitta
dans les cuisines laquées
la France du petit matin

au café, à la hâte
le quotidien, on cherche
un signe, une trace
la marque exacte
à la page des sports

le point du jour
en courant d'air
ces mains qu'on serre
par tous les temps
ça ira mieux demain

l'entrée de l'usine
les lendemains qui chantent
les affiches fraîches
les gardes en casquette
l'ordre du jour

immenses vaisseaux blancs
trajectoires au cordeau
transparence, graffiti
banlieues sur parking
qu'on finit par trouver belles

auprès des tours
les bas-côtés
matelas, bidons d'huile
grillages, buissons d'épines
et sacs de Carrefour

chiens noirs qui traînent
près des calandres
dans les flaques multicolores
longtemps, muets
anonymes

et trop fragile
bord de paupière
gorge où l'on plie
les pesantes écharpes
des brumes de banlieue

peines extrêmes
que l'on devine
les mots qui battent le pavé
que l'on répète
pour ainsi dire

il vous aborde dans la rue
il cherche du travail
on hésite, on dit
les mots qui passent par la tête
et puis, on va boire un café

l'ascenseur, le miroir
parfums acérés de Paris
lèvres sang vernissées
foulards fluorescents
pour les nuits à venir

moquette rase
double vitrage
bonheur intérimaire
et seuil de pauvreté
veuillez parler dans l'hygiaphone

geste entr'aperçu
papier glissé dans la boîte
te souviens-tu
on se rappelle
dans le désordre

samedi soir, la fête
le match de basket
coude à coude aux guichets
et ce plaisir dans les poitrines
plein tarif

peuple du 3e niveau
debout dans les virages
drapeaux, cornes de brumes
on est toujours là
dans le même bateau

projecteurs, haut-parleurs
pluie fine sur les populaires
joie imperméable
autour des feux de Bengale
la grande foule des derbies

en short, entre les cages
sur les terrains gelés
des dimanches matins
sans vestiaire, à dix ans
à la poursuite d'un but

le car de la colo
écris-nous, amuse-toi bien
son enfant parmi les autres
le front collé sur la vitre
bleutée, de sécurité

femmes éparses, enfants légers
solitaires des grandes surfaces
néons acides
disco de plomb
espoir sous vide

l'étranger pris au passage
en auto-stop, qui se tait
et finit par s'endormir
que l'on réveille en ville
près d'une bouche de métro

demeurer sans parler
sans vouloir comprendre
trop rapide nouvelle
à l'autre bout du fil, aussi
on ne raccroche pas

jours bien trop courts
qui s'effritent, s'éparpillent
jours fuyants sans appel
les plages glacées
de l'almanach des postes

les amis qui vous quittent
et s'en vont trop loin
les commerces, les voisins
les enfants, même les saisons
rien n'est plus comme avant

ceux qui sont revenus
grands-pères de quatorze
pères de quarante
frères d'Algérie
sans faire d'histoire

orange, rouge
penché sur le volant
impression de tourner en rond
au ralenti, soupirs
hermétiques

l'angle des rues
où l'on piétine
sans rien se dire
on tourne la tête
chacun son tour

rien ne va plus
repousser le starter
couper le contact
et rester là
batterie à plat

avec un ciel si bas
la pluie de 18 heures
l'horizon dans les phares
les mélodrames immédiats
des boulevards périphériques

l'autoroute, la file
rails de sécurité
le fleuve aux mousses roses
les mouettes éternelles
les poireaux bleus de Solaize

accélérer, doubler
le frein à fond, priorité
ligne droite, plein phare
une journée s'achève
en queue de poisson

2o heures au quartz
le Sahel aux infos
les sourires de glace
au loto il fallait jouer
les accessoires pour la tête

fin de dimanche
météo, pub
sa chaîne
son grand film
le coeur sur l'enclume

et dans le noir
ces pages dérobées
ce long roman
où l'on s'endort
au tout dernier moment

(Aube, Vénissieux 1988)


33MAL HOFFNUNG

Streichholz im Nebel
blaue Flämmchen, Töpfe
und Melittafilter
in lackierten Küchen
Frankreich am frühen Morgen

im Café, hastig
die Zeitung, man sucht
ein Zeichen, eine Spur
die genaue Angabe
auf der Sportseite

Tagesanbruch
im Durchzug
Händedrücken
bei jedem Wetter
morgen gehts schon besser

Fabriktor
es kommt eine bessere Zeit
frische Plakate
die Wächter mit ihren Mützen
der Tagesbefehl

riesige weiße Schiffe
schnurgrade Bahnen
Überschaubarkeit, Wandsprüche
Parkplatzvorstädte
irgendwann findet man sie schön

neben den Wohntürmen
die Böschungen
Matratzen, Ölkanister
Drahtgitter, Dornengestrüpp
und Plastiktüten vom Supermarkt

zwischen den bunten Pfützen
mit den Kornwürmern
streunen schwarze Hunde
stumm, namenlos
lange umher

und allzu zerbrechlicher
Lidrand
der Hals umwickelt
von den schweren Schals
des Vorstadtnebels

schlimme Not
die man erahnt
herumlungernde Worte
die man wiederholt
sozusagen

er spricht einen auf der Straße an
er sucht Arbeit
man zögert, man sagt
was einem gerade einfällt
und geht dann einen Kaffee trinken

der Fahrstuhl, der Spiegel
scharfer Parfümgeruch
blutrot glänzende Lippen
fluoreszierende Hals tücher
für die bevorstehenden Nächte

glatter Teppichboden
doppeltes Panzerglas
kurzfristiges Glück
und Existenzminimum
bitte hier sprechen

flüchtig wahrgenommene Geste
in den Kasten gesteckter Zettel
weißt du moch
man erinnert sich
bestürzt

Samstagabend, gute Stimmung
das Basketballspiel
Ellbogen an Ellbogen vor dem Schalter
und diese Vorfreude in der Brust
voller Preis

die Leute vom dritten Rang
Stehplätze in den Kurven
Fahnen, Nebelhörner
da ist man immer
im selben Boot

Scheinwerfer, Lautsprecher
Nieselregen auf das gemeine Volk
undurchlässige Freude
rund um die bengalischen Feuer
die große Menge beim Derby

in kurzen Hosen zwischen den Netzen
auf gefrorenem Platz
sonntagsmorgens
ohne Kabinen, mit zehn Jahren
auf ein Ziel, ein Tor zu

der Bus zum Ferienlager
schreib uns mal, und viel Spaß
das eigene Kind inmitten der anderen
die Stirn gegen das blaugetönte
Sicherheitsglas gepreßt

vereinzelte Frauen, flinke Kinder
Einzelgänger der Einkaufszentren
säuerliches Neonlicht
bleierne Diskomusik
vakuumverpackte Hoffnung

der Fremde, den man im Auto
mitnimmt, der schweigt
und schließlich einschläft
den man in der Stadt weckt
und beim U-Bahneingang absetzt

dastehen ohne zu sprechen
ohne verstehen zu wollen
zu schnelle Nachricht
vom andern Ende des Drahts, und nun
hängt man nicht ein

viel zu kurze Tage
die zerbröckeln, zerlaufen
unwiderruflich flüchtige Tage
die eisglatten Flächen
des Telephonbuchständers

die Freunde, die sich verabschieden
und zu weit weg ziehen
die Geschäfte, die Nachbarn
die Kinder, selbst die Jahreszeiten
nichts ist mehr wie vorher

die heimgekehrt sind
die Großväter 14/18
die Väter 194o
die Brüder aus Algerien
ohne viel Aufhebens

gelb, rot
über das Steuer geneigt
das Gefühl, sich in Zeitlupe
im Kreis zu bewegen, Seufzen
hermetisch abgeriegelt

Straßenkreuzung
wo man auf der Stelle tritt
ohne miteinander zu sprechen
man schaut sich um
einer nach dem andern

nichts geht mehr
Chike wieder rein
Zündschlüssel raus
und stehenbleiben
mit leerer Batterie

bei so niedrigem Himmel
Regen um sechs Uhr abends
Horizont im Scheinwerferlicht
die prompten Dramen
auf den Ringstraßen

Schlange auf der Autobahn
Leitplanken
der Fluß mit rosa Schaumflocken
die ewigen Möwen
die blauen Lauchfelder von Solaize

Gas geben, überholen
Bremse durchtreten, Vorfahrt
grade Linie, voll aufblenden
ein Tag geht
irgendwie zu Ende

die Leuchtziffern zeigen 2o Uhr
der Sahel in den Nachrichten
eisiges Lächeln
Lotto hätte man spielen müssen
Zubehör für den Kopf

Sonntagabend
Wettervorhersage, Werbung
Programm wie gehabt
großer Film wie gehabt
das Herz auf dem Amboß

und im Dunkeln
die heimlichen Seiten
dieser lange Roman
in dem man einschläft
im allerletzten Augenblick


Roland Tixier

33 FOIS L'ESPOIR

l'allumette dans la brume
flammes bleues, casseroles
et filtres Melitta
dans les cuisines laquées
la France du petit matin

au café, à la hâte
le quotidien, on cherche
un signe, une trace
la marque exacte
à la page des sports

le point du jour
en courant d'air
ces mains qu'on serre
par tous les temps
ça ira mieux demain

l'entrée de l'usine
les lendemains qui chantent
les affiches fraîches
les gardes en casquette
l'ordre du jour

immenses vaisseaux blancs
trajectoires au cordeau
transparence, graffiti
banlieues sur parking
qu'on finit par trouver belles

auprès des tours
les bas-côtés
matelas, bidons d'huile
grillages, buissons d'épines
et sacs de Carrefour

chiens noirs qui traînent
près des calandres
dans les flaques multicolores
longtemps, muets
anonymes

et trop fragile
bord de paupière
gorge où l'on plie
les pesantes écharpes
des brumes de banlieue

peines extrêmes
que l'on devine
les mots qui battent le pavé
que l'on répète
pour ainsi dire

il vous aborde dans la rue
il cherche du travail
on hésite, on dit
les mots qui passent par la tête
et puis, on va boire un café

l'ascenseur, le miroir
parfums acérés de Paris
lèvres sang vernissées
foulards fluorescents
pour les nuits à venir

moquette rase
double vitrage
bonheur intérimaire
et seuil de pauvreté
veuillez parler dans l'hygiaphone

geste entr'aperçu
papier glissé dans la boîte
te souviens-tu
on se rappelle
dans le désordre

samedi soir, la fête
le match de basket
coude à coude aux guichets
et ce plaisir dans les poitrines
plein tarif

peuple du 3e niveau
debout dans les virages
drapeaux, cornes de brumes
on est toujours là
dans le même bateau

projecteurs, haut-parleurs
pluie fine sur les populaires
joie imperméable
autour des feux de Bengale
la grande foule des derbies

en short, entre les cages
sur les terrains gelés
des dimanches matins
sans vestiaire, à dix ans
à la poursuite d'un but

le car de la colo
écris-nous, amuse-toi bien
son enfant parmi les autres
le front collé sur la vitre
bleutée, de sécurité

femmes éparses, enfants légers
solitaires des grandes surfaces
néons acides
disco de plomb
espoir sous vide

l'étranger pris au passage
en auto-stop, qui se tait
et finit par s'endormir
que l'on réveille en ville
près d'une bouche de métro

demeurer sans parler
sans vouloir comprendre
trop rapide nouvelle
à l'autre bout du fil, aussi
on ne raccroche pas

jours bien trop courts
qui s'effritent, s'éparpillent
jours fuyants sans appel
les plages glacées
de l'almanach des postes

les amis qui vous quittent
et s'en vont trop loin
les commerces, les voisins
les enfants, même les saisons
rien n'est plus comme avant

ceux qui sont revenus
grands-pères de quatorze
pères de quarante
frères d'Algérie
sans faire d'histoire

orange, rouge
penché sur le volant
impression de tourner en rond
au ralenti, soupirs
hermétiques

l'angle des rues
où l'on piétine
sans rien se dire
on tourne la tête
chacun son tour

rien ne va plus
repousser le starter
couper le contact
et rester là
batterie à plat

avec un ciel si bas
la pluie de 18 heures
l'horizon dans les phares
les mélodrames immédiats
des boulevards périphériques

l'autoroute, la file
rails de sécurité
le fleuve aux mousses roses
les mouettes éternelles
les poireaux bleus de Solaize

accélérer, doubler
le frein à fond, priorité
ligne droite, plein phare
une journée s'achève
en queue de poisson

2o heures au quartz
le Sahel aux infos
les sourires de glace
au loto il fallait jouer
les accessoires pour la tête

fin de dimanche
météo, pub
sa chaîne
son grand film
le coeur sur l'enclume

et dans le noir
ces pages dérobées
ce long roman
où l'on s'endort
au tout dernier moment

(Aube, Vénissieux 1988)


33MAL HOFFNUNG

Streichholz im Nebel
blaue Flämmchen, Töpfe
und Melittafilter
in lackierten Küchen
Frankreich am frühen Morgen

im Café, hastig
die Zeitung, man sucht
ein Zeichen, eine Spur
die genaue Angabe
auf der Sportseite

Tagesanbruch
im Durchzug
Händedrücken
bei jedem Wetter
morgen gehts schon besser

Fabriktor
es kommt eine bessere Zeit
frische Plakate
die Wächter mit ihren Mützen
der Tagesbefehl

riesige weiße Schiffe
schnurgrade Bahnen
Überschaubarkeit, Wandsprüche
Parkplatzvorstädte
irgendwann findet man sie schön

neben den Wohntürmen
die Böschungen
Matratzen, Ölkanister
Drahtgitter, Dornengestrüpp
und Plastiktüten vom Supermarkt

zwischen den bunten Pfützen
mit den Kornwürmern
streunen schwarze Hunde
stumm, namenlos
lange umher

und allzu zerbrechlicher
Lidrand
der Hals umwickelt
von den schweren Schals
des Vorstadtnebels

schlimme Not
die man erahnt
herumlungernde Worte
die man wiederholt
sozusagen

er spricht einen auf der Straße an
er sucht Arbeit
man zögert, man sagt
was einem gerade einfällt
und geht dann einen Kaffee trinken

der Fahrstuhl, der Spiegel
scharfer Parfümgeruch
blutrot glänzende Lippen
fluoreszierende Hals tücher
für die bevorstehenden Nächte

glatter Teppichboden
doppeltes Panzerglas
kurzfristiges Glück
und Existenzminimum
bitte hier sprechen

flüchtig wahrgenommene Geste
in den Kasten gesteckter Zettel
weißt du moch
man erinnert sich
bestürzt

Samstagabend, gute Stimmung
das Basketballspiel
Ellbogen an Ellbogen vor dem Schalter
und diese Vorfreude in der Brust
voller Preis

die Leute vom dritten Rang
Stehplätze in den Kurven
Fahnen, Nebelhörner
da ist man immer
im selben Boot

Scheinwerfer, Lautsprecher
Nieselregen auf das gemeine Volk
undurchlässige Freude
rund um die bengalischen Feuer
die große Menge beim Derby

in kurzen Hosen zwischen den Netzen
auf gefrorenem Platz
sonntagsmorgens
ohne Kabinen, mit zehn Jahren
auf ein Ziel, ein Tor zu

der Bus zum Ferienlager
schreib uns mal, und viel Spaß
das eigene Kind inmitten der anderen
die Stirn gegen das blaugetönte
Sicherheitsglas gepreßt

vereinzelte Frauen, flinke Kinder
Einzelgänger der Einkaufszentren
säuerliches Neonlicht
bleierne Diskomusik
vakuumverpackte Hoffnung

der Fremde, den man im Auto
mitnimmt, der schweigt
und schließlich einschläft
den man in der Stadt weckt
und beim U-Bahneingang absetzt

dastehen ohne zu sprechen
ohne verstehen zu wollen
zu schnelle Nachricht
vom andern Ende des Drahts, und nun
hängt man nicht ein

viel zu kurze Tage
die zerbröckeln, zerlaufen
unwiderruflich flüchtige Tage
die eisglatten Flächen
des Telephonbuchständers

die Freunde, die sich verabschieden
und zu weit weg ziehen
die Geschäfte, die Nachbarn
die Kinder, selbst die Jahreszeiten
nichts ist mehr wie vorher

die heimgekehrt sind
die Großväter 14/18
die Väter 194o
die Brüder aus Algerien
ohne viel Aufhebens

gelb, rot
über das Steuer geneigt
das Gefühl, sich in Zeitlupe
im Kreis zu bewegen, Seufzen
hermetisch abgeriegelt

Straßenkreuzung
wo man auf der Stelle tritt
ohne miteinander zu sprechen
man schaut sich um
einer nach dem andern

nichts geht mehr
Chike wieder rein
Zündschlüssel raus
und stehenbleiben
mit leerer Batterie

bei so niedrigem Himmel
Regen um sechs Uhr abends
Horizont im Scheinwerferlicht
die prompten Dramen
auf den Ringstraßen

Schlange auf der Autobahn
Leitplanken
der Fluß mit rosa Schaumflocken
die ewigen Möwen
die blauen Lauchfelder von Solaize

Gas geben, überholen
Bremse durchtreten, Vorfahrt
grade Linie, voll aufblenden
ein Tag geht
irgendwie zu Ende

die Leuchtziffern zeigen 2o Uhr
der Sahel in den Nachrichten
eisiges Lächeln
Lotto hätte man spielen müssen
Zubehör für den Kopf

Sonntagabend
Wettervorhersage, Werbung
Programm wie gehabt
großer Film wie gehabt
das Herz auf dem Amboß

und im Dunkeln
die heimlichen Seiten
dieser lange Roman
in dem man einschläft
im allerletzten Augenblick


Verlag im Wald © 2007
Design:
Ralf Schirneck