Collection Sources
Paul Badin - Bluma Finkelstein


Paul Badin: Chantier mobile

illustrations: Gérard Houver
français - allemand
7o pages, 21 x 13 cm
8 €

"Écrivain fortement enraciné dans son Anjou natal et dans le
Pays de Loire, Paul Badin n'a pourtant rien de régionaliste, et
ce Chantier Mobile, tout comme celui de l'ensemble de son oeuvre,
en témoigne.  Son écriture à la fois élégante, puissante, généreuse
et universelle, où le bucolique, la nature, ici brumeuse là tourmentée,
le rythme de la Loire, cèdent fréquemment à la violence du  révolté,
le démontre.  Voyez donc, comme... 
...les nerfs du monde se tendent certains craquent / l'info nivelle en
tout lieu à toute heure / consciences submergées le recueillement
seul supportable / pourtant ce village dans sa paix sous sa coiffe
d'église / guerre quelle est ta victoire.  L'absence de point
d'interrogation vous dérange?  Et pourquoi?  Là où Daniel-Rops
s'interrogeait sur un vague à l'âme narcissique appelé mort, Paul
Badin, lui, affirme une tragédie omniprésente, mort incluse.  Tout
comme il dénonce: le sabbat des faux toujours s'abat de haines
aveugles en laboratoires volants sur peuples entiers / longtemps
des ceps les rameaux tranchés pleurent la sève montante  //  ivres
bouchers toujours / prêches illuminés toujours / haines et enfers
toujours  //  l'indifférence aussi assassine tandis que s'exécute
le bal des bombes / là est la question.  
Qu'ajouter à ces vers tirés d'une prose poétique se gaussant des
conventions et vous menant, amis lecteurs, de la garenne
champêtre à tous les enfers du monde, en passant par ces lieux
où végètent dans une indifférence douillette les héritiers de ceux
qui jamais ne furent vivants?  Qu'y ajouter, sinon... notre lecture
passionnée? 
Et je profite de cette présentation, pour saluer ce remarquable
graveur que Paul Badin semble affectionner, et à raison!  Car les
cinq gravures qui illustrent ce recueil sont de véritables oeuvres
d'art.  L'artiste arrivera-t-il à suivre le rythme frénétique que l'écrivain
imprime à son chantier mobile?

(Giulio-Enrico Pisani, Journal du Peuple luxembourgeois, 04/10/06)

"D'emblée, c'est le caractère mobile qui saute aux yeux, même si
les illustrations de Gérard Houver indiquent immédiatement que le
dépôt, le stable, le minéral, ce qui reste une fois que quelque chose
a passé, ne sera pas absent du livre qui s'ouvre à nous. Malgré, ou
avec les espaces blancs ici ou là plus importants que d'autres (les
pages 26 et 50 sont blanches), l'ouvrage de Paul Badin se présente
comme un long texte dont les strophes pourraient parfois constituer
à soi seul un poème, mais sont également et surtout là comme les
moments successifs d'un même poème souple et grave.
   Car le chantier mobile est tout à la fois celui que l'on rencontre sur
la route, avec ses casques jaunes, ses seuils saturés de câbles, et
une lente déambulation dans l'Anjou, dans la journée, dans le monde,
dans le temps présent, dans le temps qui rend présent même le plus
lointain (Des éclats d'Irak blessent jusqu'à ces douces collines),
même ce qui va être ou se faire avec cet avenir qu'aspire une fille
entr'aperçue. L'auteur (le lecteur avec lui) y est comme accueilli,
bienvenu (J'ai trouvé gratitude dans le vase précautionneux des
coquelicots), et pourtant, quelque chose continue de lui manquer ;
quelque chose comme ce qui a été en lui, ou qui aurait pu être, en
lui et hors de lui (la mer ne guérit pas l'exil). Ce qui est au contraire
affirmé discrètement, sans ostentation, c'est une sorte de basse
continue, comme le frottement permanent de l'archer sur quelques
cordes du violoncelle (vu de l'espace un vide exclusif immense et
noir / vu de la terre la nuit hiéroglyphes d'étoiles / l'esprit humain
seul entre presque sens et non sens). Etrange combinaison de
l'amour, du sentiment d'être partie prenante de l'univers
(réminiscence d'une Asie chère à l'auteur ?) et de profonde
solitude, où le langage est tantôt le lieu fertile, et comme
tranquille ici, de la poésie, tantôt l'écho de la voix humaine
dans ce qu'elle a de pire et dans la plus salutaire des
inquiétudes.
   Paul Badin s'interroge-t-il sur ce qui fonde notre commune
et sa propre raison d'être là ? La question, en tout cas, n'est
pas affirmée comme telle. Pas besoin : la poésie est là dans
une sorte d'évidence qui met tout en évidence. Le chemin se
fait, voilà. Et la volonté de faire est là, en même temps que le
faire. Si le lyrisme a souvent voisiné avec le chant hagiographique
des héros ou des dieux, ce dont nous parle Paul Badin, dans la
tonalité discrètement lyrique de son chantier, c'est d'un héroïsme
plus intime, celui qui consiste à mettre chaque matin la machine
en marche.
   Et la traduction allemande, due à l'éditeur Rüdiger Fischer,
apparaît, sur la page de gauche, comme l'ombre immédiatement
portée de la parole qui la précède. Présence d'une autre langue,
comme un premier pas vers l'autre langue du paysage que Paul
Badin, aussi, traverse, charrie, traduit.

(Yves Jouan, N4728  n° 11, janvier 2007)
 
"Paul Badin donne sous un bon titre une série de notes poétiques
touchant un certain nombre de thèmes ; d'une façon non exhaustive :
l'amour, l'enfance, la guerre, l'amour, la mer… et bien d'autres choses
moins classables si aisément. Un bon titre, en effet, car qu'est-ce
qu'un poème, semble-t-il dire, si ce n'est quelques vers qu'on peut
reprendre ici ou là, quelques strophes modulables qu'on déplace
avec soi et qui ne s'achève qu'avec la publication, et encore
provisoirement. J'envie aussi du vide l'ordre voluptueux La
disposition de ces " notes " finit par rappeler la forme d'un
journal poétique en train de se faire, vue de la terre la nuit
hiéroglyphes d'étoiles qui pourrait présenter un ordre différent,
et se continuer de la sorte. L'animateur de la revue angevine
N4728 donne quelques instantanés qu'il retouche à mesure,
capte quelques flashes qu'il contraste après coup. Le cœur
reste à l'écoute du monde. Guerre quelle est ta victoire?

(Jacques Morin, Décharge, n° 132, décembre 2006)

Gérard Bayo: Dans la baie du silence

couverture: Nicolas Damianakis
français - roumain - allemand
traduction en roumain par Horia Badescu
217 pages, 21 x 13 cm
1o €

"(...) Pour un visuel comme Gérard Bayo, la poésie naît
précisément là où se rejoignent deux silences, le sien et celui
du lecteur, au point de jonction dont l'équivalence spatiale est
la Baie, là où son silence absorbe celui du lecteur afin de parvenir
à parler la langue de l'universel (...)"

(Cristina Tescula, in: Steaua, Cluj-Napoca, I / 2oo2)

"(...) vous renouez avec ce qui reste d'humanité en nous. Votre
parole est précieuse comme du bois pour faire le feu dans un
pays de marais."
(Jean-Pierre Lemaire)

"Il y a chez toi cette façon d'aborder la réalité pour extirper d'elle
des signes, des pistes. De là cette multiplicité de réflexions, ces
retours sur le passé d'où le tragique n'est pas exclu. De là cette
nostalgie que ne dissimule pas la joie."
(Max Alhau)

"Toujours tu t'inscris dans le concret, au plus serré, tes vers
refusent toute facilité de déploiement, c'est ainsi qu'ils nous
ébranlent, qu'ils nous arrachent, qu'ils nous questionnent sans
relâche (...) une musique alors qui ne se rompt en apparence
que pour nous obliger à poursuivre. Dans la résonance ainsi
se réveillent les secrets. Merci pour ce grand livre."
(Pierre Dhainaut)

Gérard Bayo: Instant donné

couverture: Nicolas Damianakis
français - allemand
144 pages, 21 x 13 cm
12 €

"(...) De ce poète si attachant par la voix qu'il a adoptée,
on peut dire qu'il reste fidèle à une expression dense, brisée,
se refusant à tout effet. Pourtant apparaît, à la lecture de ces
pages, une volonté d'appréhender le monde et les hommes
par le biais du verbe et se dessine alors la confiance que
Gérard Bayo place autant dans le poète que dans la pratique
de l'écriture. Le poète se doit de deurer solidaire de toute
destinée: il y a chez lui une sorte de responsabilité en face
de ses semblables. Les mots, par leur présence, soulignent
cette naissance sans cesse à laquelle ils contribuent. En
somme Gérard Bayo situe la parole à l'origine de toute vie et
de toute mort: "En nous seuls, ô mort / tu es au monde", écrit-il.
Chaque homme, dans l'optique de Gérard Bayo, se trouve
détenu par une parole qui se manifeste comme une langue
commune permettant l'approche d'autrui auquel il se confond.
De l'un à l'autre il existe cette réciprocité qui nous lie autant
aux vivants qu'aux morts: "Tu ne parles pas. Parle / En toi
la langue. La mienne, / La tienne" et également: "Il n'est pas
vrai que les disparus / dès lors se sont tus". Toute la force
du discours poétique réside dans la vision d'une humanité
fondée non seulement sur le langage mais aussi sur le désir
d'une unité dont tout être est le ferment. Pareille conception
laisse à l'homme sa part de solitude, mais le confond à tous
ses semblables, c'est ce qu'exprime Gérard Bayo dans ces
vers à la tournure impersonnelle: "N'être pas même / seul,
mais solitude". Dès lors comment ne pas comprendre que
la poésie est étouffée par notre civilisation d'une sécheresse
douloureuse contre laquelle Gérard Bayo sait qu'il faut lutter.
De là la nécessité d'une écriture détentrice d'une beauté, d'un
espoir battant en brèche la souffrance, un espoir légué à nos
descendants: "Ne s'est pas / refermé cela que tu voulus /
pour nous: resplendit, / tressaille et resplendit / déjà pour
ceux qui viennent".
Hanté par les fléaux qui ont ravagé des peuples entiers, par la
guerre d'Espagne et les camps d'extermination nazis, Gérard
Bayo se tourne vers notre temps et nos frères humains: sa 
poésie témoigne en faveur de "la bénédiction de / la rencontre".
En ces temps de disette affective, il était bon que la voix de
Gérard Bayo, pudique et retenue, nous rappelle cette nécessité
d'être présent à l'autre."

(Max Alhau, in: Aujourd'hui poème, no 57, janvier 2oo5)

"L'ouvrage, publié en Allemagne, paraît en édition bilingue,
la traduction étant due à l'éditeur, Rüdiger Fischer. Dès le titre,
celui-ci prend une option: Instant donné = Geschenkter Augenblick,
'instant offert' et non 'certain instant'. Le lecteur français doit-il se
rallier à cette coloration imprimée à l'ensemble du livre? 
Probablement non et il préférera garder la polysémie du mot 'donné'.
Dans un sens, il s'agit bien de l'instant remis en don à nous autres
mortels, pour qui il n'est pas de retour: cette idée revient avec
insistance, elle inspire une supplication adressée au 'sans-retour
éternel'. Dans un autre sens, c'est à un instant donné que le
poète saisit le monde dans son regard, avec acuité et précision.
Et les deux sens, dans le livre, ne s'éloignent pas l'un de
l'autre: 'Dans ton visage la lumière, / la nôtre, celle // qui toute
appartient au mortel. Ciselés derrière / les peupliers // noirs, 
les clochers.'
Un autre thème récurrent est que la terre n'existe que par la
présence humaine. Il n'est pas question seulement du paysage
- notion et mot que le Moyen Age a ignorés - mais de la terre
même, considérée dans le rapport consubstantiel que les
humains ont avec elle, de sa perpétuation dans leur mémoire.
'Si nous cessons / de naître, Macha, jamais la terre / n'aura
été.' En cela, elle est à part des autres planètes, qui 'hors /
du temps se côtoient / s'observent'.
De cette planète nôtre, divers lieux sont mentionnés, un port
de la presqu'île de Quiberon, d'autres endroits en Bretagne,
un village des Ardennes, le miroir de Scey près d'Ornans,
une rade, une source, la neige sur la mer, chacun d'eux
est comme un instantané, chacun d'eux est ou fut un instant
donné, en même temps que menacé ou déjà repris.
La terre est vie, elle est mort aussi, les deux sont inséparabales.
'En nous seuls, ô mort, / tu es au monde' puisque seuls les humains
ont conscience de la mort. Cette dernière est évoquée souvent dans
Instant donné, dont un poème 'en mémoire de toi' laisse supposer
qu'elle n'est pas seulement un objet de méditation, mais l'expérience
concrète de la mort de l'autre. Elle n'a pas accès à la lumière, elle
est l'interruption de l'échange, de la parole.
Le 'tu' de Gérard Bayo est énigmatique en ses désignations multiples.
Tantôt il s'adresse à une femme, Macha, tantôt à un ami ou peut-être
au locuteur lui-même, tantôt à une entité innommée, à qui il est
demandé de rassembler, aussi de commencer,qui est seule à parler
dans le chaos qui remonte des enfers.
Quel qu'il soit, 'tu' peut-il sauver le monde actuel? 'Le danger croît /
où nul ne sait. // Pas si / invisible que ça / l'enfer.' Que peuvent
les mots du poète? On les a vus, au cours des pages, ayant pour
attribut la douleur, ne pouvant s'abreuver à la lumière. L'ultime
poème ne ranome pas l'espoir: 'Des mots de mort / inapparente
restent tapis, demeurent // aux miens confondus.' En ce cas,
dira-t-on, pourquoi écrire? C'est l'énigme qui trace son chemin
tout au long du livre, en une écriture justement très belle."

(Françoise Hàn, in: Europe, 3/2oo5)

Voir aussi l'article de Horia Badescu (Autre Sud, mars 2oo5),
celui de Daniel Leduc (http://www.lelitteraire.com/article1254.html),
et les pages 23 à 29 du livre Voix et pourvois d'André Doms,
paru à l'Arbre à Paroles.

Gérard Bayo: Ressac de lumière

couverture: Nicolas Damianakis
français - allemand
156 pages, 21 x 13 cm
12 €

Sur km 34o et Ressac de lumière:
"(...) De livre en livre, Gérard Bayo s'interroge: comment l'humanité
a-t-elle pu déchoir jusqu'aux camps d'extermination? Cette
question atteint dans km 34o sa qualité de voix la plus haute.
(...) Appel est fait à une mémoire sans apaisement: 'ne t'éloigne,
orage de la mémoire.'Le poète se tourne, comme il l'a fait dans un
recueil précédent, vers Macha (Rolnikaite). Survivante du ghetto
de Vilnius, adolescente alors, elle a tenu son journal de 1941 à
1945, de Vilnius au camp du Struthof.
(...) A ces défaites de l'humanité qui marquèrent le XXe siècle, km 34o
oppose ce que Gérard Bayo dit être une 'fragilité de pétale', mais
qui seule peut transcender la malédiction: une parole poétique
très pure.
Ressac de lumière a paru juste avant (km 34o) et l'écriture
des deux ouvrages semble bien contemporaine. On y trouve des thèmes
communs: la mémoire, le silence et surtout les mêmes questions
angoissées. Comme le titre l'indique, la lumière tente ici de fréquents
retours, mais sur un mode plutôt dramatique. Elle est vue en
'abîmes de lumière', elle 'emplit tout l'espace / de l'absence', les adjectifs
qui la désignent - parfois 'acérée', parfois 'pesante' - la rendent plus
inquiétante que libératrice. Il arrive qu'elle soit captive ou exilée. La
parole se cherche dans quelques pages qui paraissent tenter la
mise au point d'un langage, à moins qu'elles ne soient la dérision
de l'indéchiffrable. (...)
Ni l'une ni l'autre oeuvre ne propose de consolation, Le dernier poème
de Ressac de lumière dit bien que 'le chaos s'estompe', mais la vision
qu'il offre est ambiguê; 'L'enfant difforme / est par la main tenu. Avec 
lui tu poses / un caillou dans l'air.' La force de la parole de Gérard Bayo
est indissociable de son pessimisme. En même temps qu'elle est
- comme le journal de Macha - résistance au désespoir."

(Françoise Hàn, in: Europe, novembre 2oo6)

"(...) l'aboutissement d'une oeuvre en tous points remarquable. On connaît
l'attachement de Gérard Bayo à Arthur Rimbaud mais aussi sa grande
maîtrise de la langue poétique, qu'il pratique depuis son remarquable
premier ouvrage, Les pommiers de Gardelegen, préfacé par Pierre
Emmanuel et publié par Chambelland en 1971. On connaît ses livres
ouverts sur l'insomnie, pliés au souffle du voyage et aux regards de
ces peuples étranges qui balisent les frontières et chahutent nos
habitudes. Gérard Bayo évolue dans un univers où les mystères
de l'écrit rejoignent ceux de l'histoire des hommes égarés sur une terre
dont ils ne possèdent que la couleur indéfinie et parfois le goût âpre
de l'herbe mouillée (...)"

(Jean Chatard, in: L'Arbre à paroles, no 131-132, Amay 2oo6)

"(...) Livre exigeant aussi par sa gravité. Toute une partie du recueil, 
( )RRASQUE, est, comment dire, illisible de prime abord. C'est que
ce texte, ainsi que le dit Gérard Bayo, 'provient des témoignages
découverts à Auschwitz dans des bidons et bouteilles, manuscrits
rongés d'humidité, lisibles / illisibles. D'où les parenthèses et
points de suspension' (commentaire inédit en date du 11 mai 2oo6).
Sans doute ce commentaire aide-t-il le lecteur, mais en l'absence de
tout commentaire, le même lecteur peut être sensible à la fragmentation
de ce texte, au blanc mis entre parenthèses, au blanc de la page qui
ronge le noir des mots (...)"

(Lucien Wasselin, in: Rétro-Viseur, no 1o6, février 2oo7)

Voir aussi l'article de Horia Badescu dans Autre Sud, no 34,
septembre 2oo6.

Serge Bec: Suite pour une éternité

illustrations: René Métayer
provençal - français - allemand
version française de l'auteur
16o pages, 21 x 13 cm
12 €

"Serge Bec n'est pas un poète qui a fait du langage un jeu.
Chacun de ses poèmes est reliè à ce qu'il a ressenti au plus
profond de lui-même. Les événements de sa vie, tout comme
les tragédies collectives qui le touchent, sont une sorte de
fil continu de son inspiration. Parfois les deux coïncident
et jaillissent entremêlés dans son lyrisme. Ce fut le cas
par exemple dans son recueil Memòria de la carn où la
douleur de la séparation d'avec son épouse s'exprimait
sur fond de guerre en Algérie.
À d'autres occasions, Serge Bec s'est plus spécifiquement
exprimé sur des événements qui ne bouleversaient pas
directement son quotidien mais engageaient sa conscience
d'homme solidaire. Ainsi de sa Balado pèr Lili Fòng au
moment de la guerre du Viêtnam, de Sesoun de Guerro
pendant la guerre du Golfe.
Avec Suito pèr uno eternita, il nous fait partager un
épisode douloureux de son existence. En effet, un
accident de santé a plongé sa femme Annette dans le
coma, lui faisant craindre le pire. La photographie à la
fin du livre, qui montre le couple réuni et complice, nous
rassure quant à l'issue, bien avant que nous ne soyons
rentrés dans le corps même du texte.
Celui-ci se livre à nous dans une première partie de poèmes
très resserrés, très épurés qui traduisent toute l'angoisse
que le poète a pu ressentir alors qu'une séparation définitive
était envisagée. Mais le propre de l'amour est de ne pas se
résigner devant les mauvais coups du sort. Il arrive alors que
ce combat ne soit pas vain.
Dans la deuxième partie de cette suite, le style se délie, les
vers trouvent une amplitude. Comme si la souffrance avait agi
en profondeur dans le coeur et la conscience du poète. Comme
si elle l'avait ouvert sur une dimension que la vie ordinaire ne
permet pas de saisir:
                  Je sais maintenant, mon amour de lumière
                  qu'au plus profond de ton souffle
                  niche la transparence de l'éternité.
En même temps qu'il a retrouvé toute la puissance de ses
images, le poète a repris le chemin de l'espoir. Ce livre
poignant est préfacé par Raymond Jean qui n'oublie pas
de souligner la dimension cosmique de la poésie de Serge
Bec: 'ces poèmes donc avancent, en nous parlant de la
lumière comme du désir, d'une rivière aux oiseaux comme
du clignotement des étoiles, des arbres morts comme des
fontaines de vie'. (...)
(Jean-Luc Pouliquen, in: Autre Sud, no 2o, mars 2oo3)

"L'HOMME QUI MURMURAIT DES MOTS D'AMOUR
Serge Bec, écrivain, a passé deux mois au chevet de son épouse
dans le coma. Elle s'est réveillée. Il publie les mots qu'il lui
adressait alors, pour l'exhorter à vivre
Dans le dernier film de Pedro Almodovar, 'Parle avec elle', un
infirmier amoureux entoure de soins et de paroles une jeune
femme dans le coma. On a tous rêvé, un jour, de ranimer ainsi
un être aimé par la force des mots. Pour Serge Bec, ce rêve est
devenu réalité, après deux mois passés au chevet de sa femme
inerte, dans la bulle de verre d'un service de soins intensifs à
Marseille.
Pour Serge et Annette, sa femme, la vie a basculé le 11 octobre
1999. Ce jour-là, Annette est victime d'une rupture d'anévrisme.
Elle est hospitalisée, subit une opération du cerveau, et ne se
réveille pas.
'Je me suis retrouvé au chevet d'une momie. Il fallait attendre
qu'elle se réveille. Les médecins n'avaient pas de pronostic.
J'avais droit à deux heures de visite par jour, une le midi, une
le soir. On m'avait dit: il faut lui parler. Alors, je lui ai parlé,
sans arrêt, pendant deux heures tous les jours...', se souvient
Serge Bec. Ecrivain et poète de son état, il trouve les mots,
invente des histoires.
'Je lui parlais du quotidien, en l'enjolivant. Des chiens, des chats,
de tous nos oiseaux qui faisaient une ronde autour d'elle en se
tenant les ailes. Je lui parlais de la mort, de la résurrection, de
la renaissance. J'essayais d'être en elle par la parole, avec
toute ma force de vie. Je lui disais: tu ne peux pas ne pas
ressentir mon amour. Je terminais toujours par la même
exhortation: tu te lèveras, tu marcheras, tu parleras.'
Quand il les retrouve aujourd'hui, ces mots très intimes font venir
les larmes aux yeux d'Annette. Alors, il s'interrompt. Pour ne pas
se laisser submerger par l'émotion.
(...) Le soir, pendant les longues heures où il n'est pas à côté
d'Annette, Serge Bec couche sur le papier les mots d'amour
dits dans la journée.
Et puis un jour, l'inespéré est arrivé. 'Tout le monde m'attendait
pour me le dire. Elle avait ouvert les yeux le matin. Des yeux
qui me traversaient sans me voir. Jour après jour, le regard
est revenu.'
(...) Toujours à ses côtés, Serge a tiré de ses écrits nocturnes
une pièce de théâtre, Chant pour celle qui est dans le temps
perdu, donnée à Apt devant un parterre d'amis en larmes. Et
un recueil de poèmes (...) écrit d'abord dans la langue de
Mistral. Ce 'patois', jadis interdit à l'école mais parlé par tout
le monde à la minoterie familiale, est sa langue d'écrivain depuis
l'enfance. A 18 ans, il s'en emparait pour inventer, avec son ami
Pessemesse d'Apt, un 'surréalisme provençal' propre à décoiffer
la vieille garde félibréenne.
C'est naturellement à elle qu'il a eu recours pour dire, selon
la belle expression de Raymond Jean, le retour au jour 'à réinventer'
après la traversée de la nuit. (...)"
(Carina Istre, in: La Provence, 18 janvier 2oo3)
"Un hymne à l'amour éternel"
(Viva, juin 2oo3)
"Avec ce recueil, Serge Bec devrait toucher enfin les nombreux
lecteurs que son envergure poétique mérite amplement."
(Georges Cathalo, in: Rétro-Viseur, no 92, avril- juin 2oo3)

"Quand la femme aimée déchire dans son inconscience les voiles
de l'obscurité, seules les forces de l'amour peuvent dire non et oser
cette pathétique exhortation:
Mai t'aubouraras
caminaras
parlaras
Aux portes de la mort, le pouvoir de l'amour est décisif; en témoigne
le recueil de Serge Bec.
Quand la femme aimée bascule dans le néant du coma, l'homme
lui dit sans arrêt, pendant des semaines, tout au long des heures
permises par le peuple des blouses blanches, les mots que dicte
l'amour. Mots qui passeront l'enveloppe palpable, s'insinueront et
atteindront les centres de l'être qu'ils réveilleront et rendront à la vie.
Mots de l'homme que le poète transcrit pour cette composition
disant la lutte de la lumière et de la nuit, suite pour une éternité,
l'éternité qui appartient à ceux qui ont tissé avec les fils ténus de
l'amour une forte complicité qui abolit le temps.
Ce recueil bouleversant, sans équivalent à ce jour, n'est pas à lire,
il est à suivre au rythme des battements du coeur, simplement...
mais si intensément."
(Michel Courty, In: Les Carnets de l'Astrado Prouvençalo, no 9o)

"SÈRGI BEC, LOU POUÈTO
L'istourian Ivoun Gaignebet a rescountra lou pouèto
I.G.: Sias un ome dóu Luberoun. Poudès nous charra un pau de
vosto enfanço dins aquelo encountrado mounte sias enracina?
S.B.: Siéu nascu à Cavaioun en 1933. Mai, quàuqui mes après,
mi parènt s'entournèron dins soun pais: Ate e Luberoun que
devenguè lou miéu. Moun enfanço, la vese courre dins lou moulin
 - uno minoutarié  proche d'Ate - de ma famiho peirenalo e tambèn
dins la fournarié de ma famiho meirenalo à Viens, vilage à 15
kiloumètre d'Ate, sus lou platèu. Es aquí, d'uno part dins li colo,
d'autro part dins Calavoun, un gaudre que passo davans lou moulin
e mounte se tiravo l'aigo que lou fasié vira sièis mes de tèms
(lis àutri sièis mes viravo à l'eleitricita), que faguère l'esperiènci
de la vido dis ome e dóu travai, de la casso, di bèsti, dis aubre
e di planto e... dóu 'patouas'! Malurousamen, ère souvènti-fes coucha,
qu'aviéu d'asmo. Tout lou mounde m'adusien de BD, de revisto,
de libre. Ere bramo-fam de leituro. Legissièu Jules Verne, J.O.
Curwood, Jack London... Aviéu besoun di grands espàci, de
respira à brand. E acò m'a jamai quita que siegue dins ma
pouësio, dins ma proso, dins ma vido mentalo e fisico (ai
besoun d'ana courre dins la naturo, sus li planestèu, dins
li bos, que siéu cassaire).
I.G.: Coume se soun debana vòstis estùdi?
S.B.: Mancave souvènt l'escolo, la laïco, encauso de moun
asmo, mai crese que fuguère un bon escoulan. Mis estúdi
segoundàri, li faguère au Coulege d'Ate, uno meno d'Abadié
de Telemo. Ere bon en francés e en filousoufio e coumprenièu
rèn dins li matematico. Li proufessour me dounèron lou goust
de la literaturo, de la pouësio e dóu tiatre (jougavian dos o tres
pèço à la fin de l'annado).
Après moun bacheleirat 'filousoufio' emé mencioun 'bèn' en 1951
crese, mi parènt vouguèron que m'iscrivèsse à la Faculta di
Letro de z-Ais, que ma maire pantaiavo que sariéu un jour
proufessour; malurousamen l'ai un pau deçaupudo, iéu pensave
au journalisme, que signave deja uno pichoto crounico dins
Le Dauphiné Libéré. Pèr paga mis estùdi fuguère 'pioun'
à Arle, Tarascoun, Ais. La vido d'un estudiant-pioun d'aquéu tèms
(lis annado 5o) èro un pau uno vido d'arlèri coume lou Bellaud de
la Bellaudière: lou bistrot, li fiho, la pouësio... e pièi li estùdi(...)
(Prouvènço aro, no 175, febrié de 2oo3)

"Ecriture limpide charriant de temps à autre des métaphores
très personnelles, nous sommes ici dans un univers tout à
la fois mélancolique et suave, un univers où l'amour se
confronte à la mort, à la non-éternité des choses, à la
fragilité de l'être.
Ce qui retient l'écoute, c'est en premier lieu cette musique
que l'on dirait familière et que pourtant l'on ne connaît pas.
Ces mots qui glissent les uns sur les autres tout en
accrochant la lumière, en faisant ressortir les éclats du sens.
Serge Bec parle de sentiments universels, de liens entre
homme et femme et de leur déchirure, de leur arrachement
douloureux car inconcevable. Il parle de l'amour comme on
dirait les forces tutélaires de la terre et celles qui la brisent,
la secouent, la malmènent. L'amour, c'est la nature en
réduction, en transcendance aussi. C'est le choc de la vie
avec les éléments.
Il n'y a que le vent du nord
qui déferle entre
les cerisiers morts
de ton enfance
que le vent
du nord
qui dévale
sur l'ultime
frontière
de ta vie
C'est un chant proche du lied qu'entonne le poète avec des
accents de désespoir et d'autres qui proviennent du plus
profond du monde.
L'univers est englobant telle une peau qui protège tout en
maintenant le mystère. Ainsi la vision de Serge Bec est-elle
cosmique même en ce qui concerne les détails apparents.
Tout ce qui s'écrit dépasse tout ce qui est écrit et tout ce 
qui est écrit va au-delà de tout ce qui est lu. Il faudrait donc
repasser les mots, les défroisser, tirer sur leurs extrémités
pour en faire jaillir le véritable éclat.
Là, c'est à vous, lecteurs, de travailler.
Avec un grand plaisir.
Car ce livre a la beauté d'un éclair qui se reflète dans l'eau."

(Daniel Leduc, axélibre)

Jean-Louis Bernard: Aux laisses du temps

couverture: photo de Michèle Dollmann
français - allemand
74 pages, 21 x 13 cm
8 €

____________________________

Quelques hommes aux rémiges d'or
chasseurs obstinés
à l'écoute du vent pauvre
interrogent la terre
au coeur des embusacdes

ils n'ont que leur souffle
pour tracer des strates
au vif de la pierre
ou de l'herbe drue

ils invoquent le fleuve
et conjurent les berges
à même la glaise de l'estuaire

ferventes leurs fièvres
sous les halliers du temps qui dure

_____________________________

"Jean-Louis Bernard entre dans la tradition ancestrale du beau langage.
Le poème est avant tout construit sur un lexique moins précieux que
précis, recherché et dont l'assemblage rutile. A partir de cette base
choisie, le texte monte son armature impeccable. Quel que soit le
sujet, le thème abordé, levers de départ donnera une série plus ou
moins longue de strophes, n'excédant jamais une page en tout, au
cordeau. On touche par l'élégance à la grâce. On est en pays de
poésie."

(Jacques Morin, in: Décharge, no 12o, décembre 2oo3)

"Comme l'indique la version allemande de ce livre bilingue, les
laisses, ce sont (Grenzen) les frontières du temps, et leur
éventuelle transgression par le poète: 'Images contrebandières /
allumées en silence au seuil / d'éternités cruelles.' Les laisses
(de basse mer, de haute mer), ce sont plus précisément, dans
la langue française, les terrains ou les sables découverts par le
flux et le reflux des flots: ce que 'laisse' la mer quand elle s'éloigne.
Cette valeur de sédimentation est également présente dans ce
très beau recueil de Jean-Louis Bernard, dans sa méditation sur
les marques à la fois profondes et insaisissables du temps (...)"

(Poésie sur Seine, no 47, janvier 2oo4)

"Dès le premier poème s'affirme la conviction, née d'un inlassable
questionnement du sens, de mener quelque chose comme une
quête: 'La parole / une histoire de chemins'. Quête vouée à l'incer-
titude, itinéraire soumis aux aléas 'de l'éphémère et de la fuite'.
Progression, travail dans la lenteur: 'La question seule / invente
une route / fût-elle impraticable'. Mais aussi abandon à l'intuition,
à l'instant qui dévoile: 'aucun pas n'est gagné / aucune parole /
seule la trace / est porteuse du chant'. De cette écoute du
'temps qui nous cherche', porteur de mots qui affleurent à peine
à la surface du silence, peut surgir 'l'insoupçonné de l'aube'.
Jean-Paul Mestas loue à juste titre 'l'intonation comme
aurorale' de la poésie de Jean-Louis Bernard. Cette ferveur
attentive à déceler derrière le flux et le reflux des jours, un
peu de ce qui nous fait 'entrer dans l'imminence', ce regard
émerveillé porté sur 'le tremblé des saisons', on les retrouve
avec bonheur dans Aux laisses du temps comme on les
goûtait dans les proses du recueil précédent (Sous le ressac
des solitudes, collection Jalons, Presses Littéraires, 2oo2).
Soucieux d'entrelacer les images en un contrepoint aussi
serré que sensible, le poète demeure celui pour qui l'essentiel
est moins d'aller, de conduire la cohorte des mots vers
l'indicible que de 'laisse(r) venir les chants désaltérés / la
musique ajustée au plus près du désir'. On ne peut que se
réjouir de découvrir ces poèmes en édition bilingue, la
version allemande de Rüdiger Fischer proposant un autre
éclairage, non moins attachant, à la parole de Jean-Louis
Bernard: 'nichts als Atem werden / im Dunkel des Schnees
/ in seinen schwarzen Gliedern'.

(Michel Passelergue, in: Arpa, no 81, novembre 2oo3)

Voir aussi l'article de Gaston Marty dans Souffles, mars
2oo4, et la lecture par 'Alain Jean-André sur le site
Chroniques de la Luxiotte.

Jacques Canut: Le grillon bleu


avec 4 gravures sur bois de Heinz Stein
chaque exemplaire, numéroté (de 51 à 6oo), contient aussi 
une feuille avec une de ces gravures, signée par l'artiste
français - allemand
72 pages, 22 x 143 cm
1o €

les exemplaires du tirage de tête (numérotés de 1 à 5o),
contiennent aussi quatre feuilles avec toutes les quatre gravures,
signées par l'artiste
24 €
_____________________________

Engourdie dans la plénitude des siestes
la maison s'imprègne d'un parfum
de cires célestes,
de conversations de vieilles pendules
que l'usure d'un temps astique
d'un chuchotement velouté.

Quelque part
- délice de fuite -
une chaise claudique
au pas gymnastique
d'un évadé boiteux.

Odile Caradec: Vaches automobiles violoncelles


      ÉPUISÉ

_________________

avec 32 illustrations en couleur de Claudine Goux
français - allemand
64 pages, 15 x 19 cm
"ce livre, outre ses qualités littéraires et picturales,
est un petit miracle de l'édition artisanale. (...)
Après avoir admité ces dessins d'une facture aussi humoristique
que magnifiquement déroutante, après avoir souri à ces poèmes
insolites à la fois calqués sur la dérision et une perception lucide
de la réalité, vous ne regarderez jamais plus une vache, une
automobile ou un violoncelle sans penser à ce livre étonnant où
Odile Caradec et Claudine Goux apportent une fantaisie miraculeuse.
C'est drôle, vif, intelligent et mis en page avec un incontestable talent.
Bravo! Bravissimo! à ces trois artistes qui démontrent avec brio
qu'il suffit de goût et d'imagination pour éditer aujourd'hui un livre
de qualité exceptionnelle."
(Jean Chatard, in: L'Arbre à paroles, no 92, septembre 1996)
"Recueil admirable, superbe, étincelant. Ce n'est pas l'habitude
de la maison d'être outrancièrement hyperbolique, mais ici rien
d'exagéré. Page de droite, les poèmes d'odile Caradec, laquelle,
après avoir traité ensemble le titre-thème, consacre une partie
à chacun, dans une trilogie débridée. (...) Page de gauche,
un dessin de Claudine Goux, magnifique dans les oppositions
de couleur, la naïveté des traits, le rapport clair ou discret au
texte. L'osmose est totale. (..) C'est une réussite, recueil-album,
album-recueil sur papier bleu. A offrir. A lire. A offrir (après
l'avoir lu soi-même) - version pingre ou cavalière - ou bien deux
d'un coup, un pour offrir, l'autre pour soi, à conserver -
version plus généreuse."
(Jacques Morin, in: Décharge, no 92, mars 1997)

"(...) C'est toute la sensualité cosmique d'odile Caradec qui
s'exprime dans ce véritable petit livre d'art, tout bleu, orné de
trente-deux splendides illustrations en couleur de Claudine Goux.
On sent entre artiste et poète une grande complicité.(...)
L'ensemble se présente comme une petite symphonie
concertante avec une ouverture, trois mouvemenbts et un final.
(...) Nous voilà également ravis et ramenés, si nous l'avions
oublié, à la proximité charnelle de notre ruminante mère
nourricière. Odile Caradec a pour elle à la fois la vénération
de Victor Hugo et l'Humour-tendresse de Pascal Commère.
(...) Etonnante, émouvante Odile Caradec!"

(Annie Maillard, in: Froissart, no 82, été 1997)

"(...) vive la vie! Une vie croquée en plein vents, au volant
d'une Clio, laquelle transporte un violoncelle stupéfait
de rencontrer des vaches poitevines. Pas très poétique,
tout cela, hein, madame Caradec, pas très serieux, en tout cas,
et coloré en diable, comme les illlustrations de Claudine Goux
qui transportent vos poèmes encore plus loin dans la malice
et dans l'imaginaire. Mais voilà, vous n'en avez que faire,
vous, du sérieux ou du poétique. La vie, c'est précieux,
dites donc, et la musique, cela parvient à nous faire taire, alors...
      Alors, il se joue ici un fameux miracle. Le poétique se
retourne et la poésie surgit. Le sérieux fait le gros dos et
l'immense stupéfaction d'être en vie agit. Elle agit dans la
démaitrise, dans la conscience d'un absolu d'autant plus
présent qu'il n'est presque point nommé... et d'autant plus
fort qu'il vous ferait sourire à chaque page. (...)"

(Lucien Noullez, in: Le Journal des Poètes, juin 1999)

Odile Caradec: En belle terre noire


avec 3 illustrations en couleur de Claudine Goux
français - allemand
172 pages, 21 x 13 cm, 15 €

Poèmes sur la mort

Odile Caradec: Chats, dames étincelles

Vignettes et illustrations en couleur de Claudine Goux
français - allemand
128 pages, 21 x 13 cm
15 €
"A plusieurs reprises, Odile Caradec pour les textes et Claudine
Goux pour les dessins, nous ont offert des livres fascinants. (...)
une nouvelle brassée de poèmes, Chats, dames, étincelles où
Odile Caradec emprunte à quelques-uns de ses anciens recueils
ces poèmes étranges qui nous parlent de fruits et de terre, d'ânes
et de buses, du chien Vanille et de la tendre précarité de la vie.
Tout passionne Odile Caradec (et tout inspire Claudine Goux):
les matous aussi bien que les dames ou les étincelles. Sa
poésie s'appuie sur une réalité qu'elle appréhende et qu'elle
gère selon des lois qui n'appartiennt qu'à un imaginaire de
tous les instants. 'Des lévriers courent dans mes poèmes /
ils font des bonds puissants / à eux seuls ils sont toute une
âme / et je leur confie ma raison'.
Mais s'il est question d'âme, il est aussi question de
préoccupations plus ordinaires où les pommes de terre que
l'on épluche dans la cuisine rejoignent quelque part le parfum
de la confiture de coings qui caresse les papilles.
Elle affirme avec conviction qu'elle n'a 'rien à voir avec la photo
d'une dame / en prison dans un rectangle'. (...)
Un livre superbe dans lequel Odile Caradec et Claudine Goux
font des merveilles.

(Jean Chatard, in: Mensuel littéraire et poétique, no 332,
juin 2oo5)

"(...) Quant au troisième terme, étincelles, il est
indéniablement le mieux choisi pour chapeauter le recueil.
Tous les poèmes sont de petits feux d'artifice. Odile Caradec,
avec ses quatre-vingts automnes, me touche beaucoup. Elle
allie la gravité des interrogations fondamentales, Est-il vrai que
nous ne savons le fin fu fin qu'à l'ultime seconde?, avec une
vitalité intacte et une énergie étonnante: je cours avec un chien
pour qui la vie est friandise / la vie est course, la vie est muscle
avide. J'admire ce sens de la beauté chez Odile Caradec dans
la simplicité et l'évidence des choses et des mots. Une poésie
qu'on lit comme elle respire. C'est en épluchant les pommes
de terre / que j'échafaude mes poèmes...

(Jacques Morin, in: Décharge, no 125, mars 2oo5)

Voir aussi, en ligne, les Chroniques de la Luxiotte.

Clod'Aria: Solo pour un petit prince

avec des illustrations de Federica Nadalutti et une carte
de Roseline Humbert-Droz
français - italien - allemand
traduction en italien par Susanna Spero
62 pages, 22 x 12,5 cm
3 €
"Clod'Aria qui est née en 1916, fut institutrice et ne commença
à écrire que tardivement, nous propose son trentième recueil.
(...) Clod'Aria part d'une connivence intime avec l'âme pour
parvenir à l'émerveillement devant l'univers, en se fondant
sur l'éternité d'une singulière théodicée."
(Pierre Descamps, in: L'Estracelle, no 8, printemps-été 1995)
"(...) le jeu cruel et doux de la présence et de l'absence,
la hantise de l'absence définitive qui s'approche. Comment
retenir tout ce bonheur et toute cette peine? On dirait que
chaque poème est une main qui ne retient qu'à peine de
sable: l'idée que tu te fais de moi / n'est pas moi / Peu
importe / puisque l'idée que je me fais de toi /
et qui n'est pas toi / me rend heureuse."
(Christian Degoutte, in: Bulle, no 7, juin 1995)
"Le sujet n'a rien de branché: l'amour d'une mère pour
un fils adoptif... (on pourrait même craindre les poncifs
les plus éculés). Et pourtant, il y a un vrai miracle. Ce
livre est un rare moment d'émotion qui refuse toute facilité
et toute complaisance. Il est en même temps une succession
de bonheurs d'écriture qui ne peuvent que réjouir le lecteur
disponible. Gravité du ton, acuité de l'observation, sagesse
finale devant l'inéluctable font de ce livre un instant de
dignité et d'écriture sereine."
(Lucien Wasselin, in: L'Hebdomadaire, no 135, 23 juin 1995)

Cid Corman: Eau-forte

anglais - français - allemand
traduction en français avec l'aide de Laurent Grisel
113 pages, 21 x 13 cm
8 €
"Auteur américain né en 1924, écrit sous forme d'aphorismes,
d'haïkus dont l'influence orientale se ressent dans ce recueil.
Mais il a su conserver un regard humoristique et dynamique
dans ses poèmes. (...) La brièveté de ces poèmes n'empêche
pas leur ouverture, leur interrogation au travers de l'humour
et de la simplicité."
(Jean-Michel Bongiraud, in: Parterre Verbal, no 28,
décembre 1998)

"(,,,) des notations quotidiennes, des prolongements de quelques
méditations, ou des instantanés, sans plus? Plutôt, dirons-nous,
des arrêts le temps d'un plop, la suite d'une question sous
forme de non-réponse. (...) Sur quel chemin Cid Corman marche-
t-il? Un chemin neutre. Quel sens donner à la vie. Le seul sens,
l'intuitif. Mais à quoi bon rechercher du sens. Qu'est-ce qui nous
a fait croire que nous étions le sens de tout cela?
(...) De toute façon tout est ainsi, rien n'y changera. Rester éveillé,
suffit. Paix, équilibre et tranquillité suivront. Nous voilà non loin de
Lao tseu. (...) Les poèmes de Cid Corman sont lucides, ne se
perdent pas en considérations sur l'invisible, ils disent et visent
juste. (...)"

(Gaspard Hons, in: Le Mensuel littéraire et poétique, no 265,
décembre 1998)

Hélène Dorion: La caverne de l'histoire

couverture: Helga Rackl
français - anglais - allemand
traduction en anglais par Andrea Moorhead
5o pages, 23 x 12 cm
5 €
"A L'ORIGINE DE LA PAROLE Comment reconduire mon âme /
jusqu'à toi? Mes yeux s'éveillent en tes yeux / retrouvent soudain
ce qu'on a perdu / au fond des grottes. Cet extrait de Sans bord,
sans bout du monde a peut-être éveillé la quête de l'origine
qui se met en branle dans La caverne de l'histoire? Ce cycle
de 2o poèmes (...) regroupe des extraits d'un ensemble
plus vaste au titre fort suggestif, "Les murs de la grotte".
On retrouve à nouveau, dans ces textes, la nécessité
d'approfondir le sens qui surgit de cette union entre l'homme
et l'univers qu'il habite, la genèse du monde engendrant
cette fois le reflet du paysage intérieur."
(David Cantin, in: Le Devoir, 2 novembre 1996)
"C'est à partir du motif des grottes de Lascaux que Dorion sonde
les profondeurs de l'être, s'attache à redéfinir le parcours qui part
de l'être et qui revient à l'être dans une quête incessante des origines
et du sens de la vie avec tout ce que cela comporte d'aléas: (...)"
(Roger Chamberland, in: Québec français, no 1o5, printemps 1997)

Rome Deguergue: En chemin


Couverture et  photos: Patrice Yan Le Flohic
français - allemand
69 pages, 21 x 13 cm
7 €

Hélène Dorion: Passerelles, poussières

couverture: Helga Rackl
français - italien -  anglais - allemand
traduction en italien par Fabio Scotto
traduction en anglais par Andrea Moorhead
51 pages, 21 x 13 cm
5 €
"Dans son douzième ouvrage, Hélène Dorion a rassemblé
une suite de poèmes qui oscille entre deeux pôles magnétiques:
la hauteur et la profondeur, le départ et le retour, la blancheur
et la noirceur. C'est à la suite d'un choc irréparable que la
cassure s'est produite, cette 'faille sans nom', cette 'fissure
cernée de poussières', cette 'séparation trop brutale'.
La quête et la mission du poète sera de chercher
obstinément des ponts, de les construire avec 'des
noms comme des passerelles entre les regards',
noms de villes et de personnes. 'Ecrire désormais
pour ne pas oublier' en ayant confiance dans ce
'poème qui peut tout briser, tout commencer' et tout
recommencer après chaque tentative pour relier les
deux rives. C'est dans cette inconfortable situation
que l'auteure rend compte de ce 'quelque chose de si
fragile que je peux à peine me tenir sur les bords',
vacillante, tremblante, cherchant une passerelle dans
le noir, entre absence et présence, entre oubli et
mémoire."

(Georges Cathalo, in: Rétro-Viseur, no 83, janvier-mars 2oo1)

" (...) Le texte s'ouvrant comme un texte sacré: 'D'abord
ce fut le noir. Tranchant, définitif. Une faille que rien
n'aurait pu empêcher', on croit assister à une généalogie
de la douleur et à une quête du bonheur, aussitôt
refusée par les adjectifs qui suivent immédiatement.
Ce petit texte éclairera a posteriori le lecteur qui aurait
suivi, livre après livre, l'évolution de cette écriture. Cette
archéologie de la douleur, qui gomme toute référence
anecdotique et refuse de donner en pâture une enfance
douloureuse à la critique psychanalytique, permet ainsi
à chacun d'inscrire sa propre douleur dans un
cheminement singulier que la poésie rend universel.
'Lorsque j'étais enfant, il m'arrivait de passer des heures
à regarder le noir qui grandissait en moi.' On n'en saura
pas plus et tout est dit. Le 'blanc' n'est pas à découvrir
dans un avenir réparateur, le désir ayant échoué dans
cette tentative. Non, la lumière est à chercher en soi-même,
dans le noir même qu'elle souligne: 'Devant la fenêtre, le
blanc se laisse toucher par le blanc. Rien ne bouge. Je
regarde ce qu'il y a d'irréparable en moi, cette faille
sans nom, sans début, par moments insoutenable.
Et pourtant, une telle douceur dans le blanc où tout
s'arrête. // Quelque chose commence. Qui était là,
parmi les arbres que dresse la vie, dans cette branche
qui vacille dans l'air.'
(...)"

François-Michel Durazzo: Hélène Dorion,
poète de la blessure, in: Autre Sud, no 4, mars 1999)

"En face, il y a l'autre qu'on aime, mais qui échappe.
Qu'est-ce qui sépare? Un fossé, une fissure, une faille,
du temps. La mémoire fait son travail de ravaudage, de
recomposition du puzzle. La qualité principale repose
sur le fragile, le fugace. L'autre est omniprésent, avec
le lourd trait d'union des mots, cependant il donne
l'impression de n'être jamais là, comme la signification
même de l'oubli. L'absence est pleine et la présence
désincarnée, comme si seul le fantôme était expressif
lorsque l'être aimé se pulvérise à mesure, soluble dans
l'air. L'écriture lance ses perches en faisceau, de quoi
attraper au moins une bribe de l'émotion qui habite et
les souvenirs et les poèmes qui réaniment une par une
les ombres couchées sur le chemin. On passe de longs
découragements en enthousiasmes brefs dans ce genre
de rédemptions. Au bord de la trace, il reste autant de
passerelles que de poussières. Car le noir est
l'émiettement de la blancheur."

(Jacques Morin, in: Décharge, no 1o7, septembre 2ooo)

"(...) Hélène Dorion, avec les outils du poète, se penche
sur ce traumatisme originel qui perdure et innerve l'état
adulte. Que faire remonter de cette 'faille sans nom'?
Dans l'effort, 'l'obscurité se déchire' et sourd alors le blanc...
La vie jaillit; la vie, c'est l'autre, hors de la faille originelle;
l'amour, peut-être. Car '...j'habite avec toi ce qui continue
d'arriver...' Beau recueil à lire et à méditer."

(Lucien Wasselin, in: Rétro-Viseur, no 85,
juillet-septembre 2oo1)

"(...) Entre la narratrice et son interlocuteur silencieux
(l'être aimé?), il y a d'abord l'incompréhension peut-être
vécue comme une 'querelle' sémantique: 'Je dis - passage,
et toi - traversée'. Dès lors, la pensée et les mots qui tentent
de la cerner ou de traduire un silence sont vécus comme une
déchirure, une 'faille' selon le mot de la poétesse. Le poème
oscille entre le noir et le blanc, à la lisière de 'quelque chose
de fragile mêlant le noir et le tremblement' qui reste si difficile
à exprimer qu'il n'est que suggéré. La seule issue réside dans
la fuite entre Paris, Montréal, Rome, New-York, ou dans la
course indistincte d'un train sans véritable destination,
métaphore de la vie sans doute: 'Le risque, la menace, le
trouble; un train s'arrête, ne repartira jamais. Qui nous
attend.'
Une très belle assertion renvoie le lecteur à la vacuité perçue
avec intensité par Hélène Dorion: 'Je veille sur quelques pas
disséminés le long du temps.'
(...)"

(Denis Emorine, in: Nouvelle Tour de Feu, no 46)

Dagnija Dreika: Miroitements


   Couverture: Valentina Zeilé
   letton - français - allemand
   66 pages, 21 x 13 cm
   6 €

Bluma Finkelstein: Toutes les étoiles sauront


français - allemand
136 pages, 21 x 13 cm
12 €

"(...) C'est pure poésie que cette prose où j'ai eu l'impression
de suivre pas à pas une démarche particulièrement riche en
émotion (...)"

(Paul Van Melle, in: Inédit, no 2o4)

Bluma Finkelstein: Mare nostrum


français - allemand
98 pages, 21 x 13 cm
1o €

Bluma Finkelstein: Au commencement

  
  Poèmes mystiques inspirés de la Kabbale
  
  Avec 1o linogravures d'Irène Boisaubert
  français - allemand
  54 pages, 21 x 13 cm
  6 €

  _______________________

Edition originale,
imprimée sur Tintoretto crema 14og,
avec les originaux des 1o linogravures.
A 1o exemplaires signés par l'auteur et l'artiste.

27 x 2o cm, 25o €

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