Collection Sources
Pierre Garnier - Jean Rivet
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Pierre Garnier: Car nous vivons et mourons si peu |
ÉPUISÉ
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Une chronique couverture: illustrations de l'auteur français - allemand 22o pages. 2o,7 x 13 cm 15 € lire l'article d'Alain Jean-André "(...) Car nous vivons et mourons si peu se présente comme une suite de souvenirs qui, comme il arrive souvent chez les poètes, accorde la première place aux impressions d'enfance, bonnes ou mauvaises mais en tout cas indélébiles. L'école, un père communiste et idéaliste, la guerre, l'occupation nazie, les premières découvertes et rencontres... L'auteur décrit souvent avec une précision de peintre et sait, en des vers simples et fermes, restituer un passé lointain. En même temps il peut s'affranchir du particulier pour appréhender ce que l'existence révèle pour peu que nous y prêtions attention. Citons par exemple un passage expressionniste qui, bien que lié à l'environnement immédiat, pourrait se trouver sous la plume d'un bouddhiste zen: la lune monte la vache sort de derrière la colline le paysan rentre dans la maison la colombe vole vers le bois le théâtre dont les intrigues se passent dans l'infini et dans l'éternité. Au fil des pages, Garnier revoit et revit le charme de la femme aimée; la mort du père qui, au moment ultime, déclara que la Terre blanchit à vue d'oeil; des amitiés comme celle de René-Guy Cadou; Amiens en ruines pendant la guerre; et des moments privilégiés où il ressentit pleinement la nécessité de la parole poétique. La valeur de ce livre tient notamment au parfait naturel du style et à l'unité de ton. On 'voit' tout ce qui nous est montré et l'on sympathise avec les réflexions et recherches de l'auteur. Celui-ci a conservé de l'enfance une nostalgie de l'idéal marxiste, associée sans problème à une sensibilité catholique. De même érotisme et mélancolie, lyrisme et scepticisme coexistent sans drame, car l'essentiel est ailleurs que dans les mots. L'ouvrage se clôt par ces quelques vers mystérieux et apaisés: ces étoiles qui descendent le corps ce non-dit, ce non-lieu la vie ce non-dit, ce non-lieu. (Georges Sédir, in: Le Journal des poètes, no 1/2oo4 "On a dû remarquer déjà que si j'ai la sympathie fréquente et la critique sourcilleuse, j'ai aussi l'enthousiasme difficile. Alors un livre aussi parfait que Car nous vivons et mourons si peu, qui m'a emporté dès les premières lignes et qui ne m'a plus lâché, m'oblige à une forme de silence plutôt qu'à un débordement d'épithètes élogieuses. (...)" (Paul Van Melle, in: Inédit, no 134, septembre 1999) "Ce nouveau livre est l'occasion pour Pierre Garnier de revenir sur son enfance et sa jeunesse en une quinzaine de longs poèmes très libres d'allure dans lesquels les souvenirs se téléscopent en créant du sens. (...) A lire attentivement cette chronique, on saisit comment la poésie spatiale a pu germer dans l'esprit de l'enfant pour s'épanouir une vingtaine d'années plus tard (...) (C') est un beau livre émouvant qui traverse tout un pan de la vie de son auteur mais aussi tout un pan de notre vie et/ou de notre passé." (Lucien Wasselin, in: Liberté-Hebdo, no 374, 4 février 2ooo) "C'est sous-titré 'une chronique'. Les différentes parties de ce gros recueil s'égrènent: l'enfance, l'école, Amiens, le père communiste, puis Paris, New-York, Venise, l'amour 'elle est le féminin d'eau', Rome, le père mort, la grand-mère et la vitesse de la lumière, René-Guy Cadou, l'amour 'tu fends ta jupe jusqu'où', la guerre... Tous ces thèmes s'entremêlent à rapprocher de son dernier livre 'Loire vivant poème' (Une chronique illustrée) où le lecteur vagabonde dans les mêmes eaux narratives et oniriques, avec ce style fluide propre à Pierre Garnier où la poésie coule de source." (Jacques Morin, in: Décharge, no 1o3, septembre 1999) |
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Pierre Garnier: L'immaculée conception |
Litanie illustrations de l'auteur français - allemand 2o1 pages, 22,7 x 14 cm 15 € Lire l'article d'Alain Jean-André et dans la revue Nouveaux Territoires no 1, septembre 2oo4, l'article de François Annycke. "Il y a dans la poésie de Pierre Garnier une grâce incomparable que ce livre dispense avec une générosité à la fois lyrique et ancrée au plus humble des gestes quotidiens en l'homme. C'est frais, c'est tonique et savoureux parfois. Poèmes à hauteur d'un espace défini par le souvenir qui, avec leur délié quasi charnel, redonnent à la vie humaine une signification tout à fait originale. (...) Un beau, un grand livre (...)" (Jean Chatard, in: Bleu d'encre, no 7, Dinant) "L'immaculée conception est un livre de poésie 'linéaire'. Il appartient au cycle des chroniques que développe Pierre Garnier depuis quelques années. Loin de s'opposer à la poésie spatiale de la période précédente, ce cycle l'éclaire et la commente. L'immaculée conception est une nouvelle occasion pour Pierre Garnier de revenir sur son histoire singulière inscrite dans l'Histoire: l'enfance pendant la guerre, le village, le communisme, l'Armée Rouge dont on parle, les Résistants, la nature... Rien d'abstrait dans ces thèmes, bien au contraire, tout est concret, situé... Le poète peut alors écrire: 'L'enfant sait qu'il est né du monde.' Ce retour sur le passé met en évidence la naissance à la poésie et la genèse de la poésie spatiale: un regard s'ouvre sur le monde. Pierre Garnier note: 'les oiseaux s'envolent parce qu'ils ont / du lointain en eux dit l'oncle' ou encore 'l'enfant recherche l'immaculée conception / dans les cercles, les triangles, les trapèzes'. (...) C'est un livre qui aide à vivre, à regarder autrement le monde, à lutter pour un monde meilleur." (Lucien Wasselin, in: Rétro-Viseur, no 9o, octobre 2oo2) "Une page en français, une page en allemand. Au travers du miroir, elles se répondent. Et à l'angle de chacune d'elles, P. Garnier se soustrait. Il fait le compte de ce qu'il n'y a plus, de ce qu'il n'a plus, de ce qui n'est plus. C'est un état des lieux qu'il dresse sous nos yeux. Mot à mot, il constate. Sur la longue liste, il raye les noms des disparus. Les noms des animaux, des arbres, des hommes, des plantes, des insectes. Il ne porte pas plainte, dépose juste sa main courante, écrit la dépossession. Au bout du livre, il y a le précipice du poème, sa blancheur squelettique. C'est ici précisément que la littérature nous délaisse et que la langue enfin nous enlace." (Frédérique Guétat-Liviani, in: sitaudis, 2oo2) "(...) ce récit autobiographique prend une résonance plus universelle que proprement intime. Car cette narration épique est une mosaïque du quotidien. A l'instar des trois volumes de Une mort toujours enceinte elle entrelace et agence l'interaction de la perception personnelle et du vécu de l'histoire. L'entreprise est ambitieuse qui échappe aux classements préétablis et s'organise dans le souffle temporel, s'appuyant sur le prosaïsme et la simplicité du langage. Mais L'immaculée conception, admirable livre de la nostalgie déarmée est le livre de la déception: il nous montre une mutation de la société qui ne peut masquer ses échecs, la perte des savoirs particuliers, des métiers, des valeurs essentielles, des sentiments de solidarité et de compagnonnage. (...) Et c'est avec une constante justesse de touche dans les mots, les idées, les associations elliptiques, le dépouillement délibéré des images, que Pierre Garnier atteint au plus profond le malaise et le mal-être de notre temps." (Charles Dobzynski, in: Aujourd'hui poème, no 29, Paris, février 2oo2) "Deux cents pages de poésie linéaire (...) pour nous dire pêle-mêle, déroulées en une longue épopée lyrique, les images de l'enfance campagnarde ('l'oncle Pierre'), les souvenirs de la guerre, les évocations d'une nature en train de se perdre, d'un savoir, d'un regard, de coutumes anciennes tombées en désuétude ('même le blé est pauvre maintenant'), les sentiments de perte couplés aux élans d'une piété religieuse ('la chrysalide est si proche du christ'), reliés eux-mêmes à l'évocation d'une lente apocalypse en train de se réaliser: fin de la poésie, dissolution de l'histoire, élans d'éternité. (...) L'entreprise méditative et commémorative de Garnier constitue l'inattendu avatar d'un grand maître d'oeuvre de recherches expérimentales en poésie, qu'il mena avec une rigueur sans faille tout le long du demi- siècle écoulé. (...) Maîtrise, rigueur, en vers (libres) et malgré tout. (...)" (Vincent Barras, in: CCP, Cahier Critique de Poésie, no 4, Marseille, novembre 2oo2) |
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Pierre Garnier: Viola tricolor |
français - allemand 168 pages, 21,5 x 14 cm 12 € "Ecrire de la poésie, c'est s'interroger sur sa source: comment, pourquoi 'cela' vient-il? Lire de la poésie nous convie à la même épreuve. Voici la réponse de Pierre Garnier: 'la vie dont il se souvient / n'est pas celle qu'il a vécue / ses poèmes viennent de cette autre vie'. Une autre vie... totalement fondue pourtant au spectacle du monde, à ses beautés élémentaires: La poésie - et son mystère - s'en trouvent projetés devant nous, en pleine lumière, sans que ni l'une ni l'autre n'en perdent leur énigme.Lumineuse énigme, serait-on tenté de dire. Ecoutons cette voix: ces écoles de pèlerinage où nous allons les poches pleines de l'eau des rivières avec des moulins qui tournent dans le cartable c'est ainsi qu'il prend son cartable sur ses genoux, et le sent vivant et n'ose le presser de peur que des reliques en sortent mais aussi des escargots et des orvets J'aurais pu puiser ailleurs, tant les bonheurs d'écriture sont à chaque page, mais aussi parce qu'ils s'inscrivent dans un mouvement perpétuel, un 'autre temps' (titre d'un ouvrage antérieur de l'auteur). Ouvrons le livre: il n'y a pas de 'commencement' à proprement parler: 'l'oncle Pierre me tend un trèfle à quatre feuilles / il dit: C'est la Trinité.' Entrer dans Viola tricolor, c'est prendre le train de l'éternité en marche. Modestement, Pierre Garnier appelle cette traversée une 'chronique'. Qu'on ne s'y trompe pas: celle-ci ne congédie pas, au profit de quelque 'ailleurs' idyllique, les difficultés de la vie, horreurs de l'Histoire ou orages qui grondent à l'horizon de l' 'actualité'. Le poète les intègre dans un flux où résonnent, de façon significative, l'intime, l'historique, le cosmique. En s'enracinant dans un terroir (Saisseval, en Picardie), il se dote d'un point de vue: celui-ci est rassembleur, et d'une très grande largeur de spectre. Ainsi, sa candeur n'est pas naïve: elle n'est pas obtenue par soustraction des douleurs du monde, mais au contraire par leur lente maturation. Appelons cette candeur de la sagesse, auquel je serais tenté d'ajouter un autre mot, invoqué par Garnier lui-même: la compassion. on n'est pas sérieux quand on a l'âge où les oiseaux, les chiens, les grenouilles sont déjà vieux et qu'on crie, le poing levé: 'les Soviets partout, les Soviets partout' on est cependant sérieux et c'est ainsi que ça pousse comme l'amour et que Staline devient le grand-père Cette façon, très étonnante, de revisiter l'Histoire en en repassant incessamment le fil à travers le chas de l'enfance n'est pas seulement la source d'une grande émotion; elle constitue également une leçon, celle qui consiste à retrouver, identifier, communiquer en permanence 'la beauté et la bonté du monde' - amertume comprise! - à travers le prisme de l'origine: la poésie de Pierre Garnier n'a de cesse de ré-initialiser ces retrouvailles - on pourrait même dire ces épousailles - renouvelant ainsi à chaque fois un pacte scellè dès le plus jeune âge: 'l'enfant est né poète avec l'intelligence scintillante / de la craie.' Je n'oublierai pas de mentionner que l'écoulement de cette parole est ponctué de haltes à l'occasion desquelles Pierre Garnier, rejoignant le versant spatialiste de son oeuvre, confronte une formule lapidaire et un dessin épuré. Ces surprenantes conjonctions sont autant d'invites à la méditation. Là encore, lumineuse énigme... Mais laissons le dernier mot au poète: il n'y a pas de pont pour aller au ciel c'est tout droit chaque agneau, chaque fleur, chaque poème s'y rendent (Jean Miniac, in: Place au(x) sens, automne 2oo4 "Avec Viola tricolor, Pierre Garnier donne à lire le dernier volume de sa
trilogie que publie Rüdiger Fischer en version bilingue aux Editions En
Forêt. Cette trilogie est un regard jeté sur le XXe siècle dans lequel
l'intime et l'historique se mêlent étroitement. Viola tricolor est émouvant
à plus d'un titre.
Tout d'abord, Pierre Garnier accentue la posture du vieil homme que le
lecteur attentif avait pu découvrir dans les livres précédents. L'oncle tient
une grande place, ce qui renvoie bien sûr à l'enfance, mais c'est pour
mieux regarder le présent: "les guerres, les incendies, les crimes universels /
du vingtième siècle / paradoxalement, dit l'oncle Pierre, / 'il n'y a pas de
lumière sans feu et sans chaleur' / le vieil homme sait maintenant que
l'oubli / est la vraie mémoire". Se mêlent tout au long du livre les
souvenirs: les paysages de l'enfance, l'école, la marchande des quatre
saisons... et les personnages de l'Histoire, Aragon, Eluard, Robespierre...
L'Union soviétique tient une certaine place depuis Maïakovski, Staline et
la Grande Guerre Patriotique (Stalingrad...) jusqu'à l'implosion du pays.
Ce mélange de l'intime et de l'histoire est sans doute le propre de toute
vie d'homme. Mais ici le souvenir devient la traduction métaphorique d'une
poésie qui vise à l'universel. On sait Pierre Garnier attaché à l'internatio-
nalisme, à ce qqu'il appelle parfois le supernationalisme (en référence à
Nietzsche). Ancré dans l'ici et le maintenant, c'est la totalité de l'espace
et la totalité de l'Histoire accessible (y compris l'histoire géologique) qu'il
entend embrasser par l'écriture.
Comme souvent dans ses "chroniques" ou dans ses "litanies", c'est
l'apparition du signe dans toute son évidence (la maîtresse, au tableau noir,
qui trace à la craie les formes élémentaires: "Saint Carré, Saint Triangle,
Saint Cercle"...) qui est pointée, cernée, source de ce qui deviendra la
la poésie spatiale, une poésie que Pierre Garnier veut lisible par tous,
au-delà des frontières (langues, pays, époques...) La lettre même devient
pictogramme: "Je lis le A comme une huître / la mer est là"... D'ailleurs,
ce livre fait voisiner poèmes linéaires et poèmes spatialistes qui
s'éclairent mutuellement. Ainsi, à ces deux vers "et tous les deux se
mettent à dessiner et à effacer / à la vie à la mort" répond un poème visuel
d'une simplicité extraordinaire (un cercle et son centre) intitulé Geburt
und Tod, c'est-à-dire Naissance et Mort...
Emotion donc d'assister au surgissement de la poésie. Emotion encore
avec la mort de la grand-mère. Le tragique de la disparition, tempéré
certes ("ne pas surévaluer la mort, dit le vieil homme / penser au vif
humus") se fond dans les merveilles de la nature ("c'est ainsi que la
grand-mère naît et meurt / dans le carré d'un champ" ou encore "c'est
le final: elle est tirée / par les boutons d'or et les pâquerettes") Vision
matérialiste de la mort... La mort, donc, cette sorte de trou noir où la
vie s'engouffre, où les contraires s'abolissent: "elle qui a tenu / le
drapeau rouge / chanté Le Temps des cerises / n'a plus dans les yeux
que le drapeau blanc / à fleurs de lys..." On retrouve là une espèce de
syncrétisme émerveillé propre à Pierre Garnier. Il se veut au sein de la
communauté, d'une communauté qui a produit le christianisme et de
nombreuses images dont il se sert: la croix, l'église et ses flèches,
l'étoile de la nativité, la vierge à l'enfant. Mais qui a produit aussi le
communisme et ses images comme le drapeau et l'étoile rouges...
Ces images, Pierre Garnier les intègre à sa poésie linéaire qui devient
comme un fleuve charriant toutes les images produites par les hommes,
peu importe si elles viennent d'horizons opposés. Aussi n'est-il pas
étonnant que l'étoile de la nativité soit aussi l'Etoile Rouge, que les
étoiles d'argent des tentures de deuil deviennent des signes qu'exploite
la poésie spatiale. Etrange syncrétisme mais qui n'est que le visage
humain que prend la poésie spatiale avec sa volonté d'être lisible
universellement.
Et ce n'est pas le moindre paradoxe que cette poésie savante par
certains aspects soit aussi d'une simplicité extrême. Elle va à l'essentiel
et si elle s'adresse à l'intellect, elle va aussi droit au coeur. Elle touche
et elle fait penser. Ce n'est pas rien en ces temps où la littérature à la
mode vise souvent en dessous de la ceinture!
(Lucien Wasselin, in: Faites entrer l'infini, no 39, Société des amis de
Louis Aragon et Elsa Triolet, Rambouillet, et in: Rétro-Viseur, no 99,
janvier 2oo5)
En ligne, lire l'article d'Alain Jean-André dans les Chroniques de la
Luxiotte
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Laurent Grisel: La nasse |
Couverture: Benoît Jacques
français - italien - anglais - allemand
traduction en italien par Fabio Scotto
traduction en anglais par Cid Corman
7o pages, 24 x 24 cm, 14 €
Tirage de tête: 5o exemplaires numérotés, sur
Kaschmir blanc 135 gr. comportant une gravure
originale de Benoît Jacques, 6o €
Compte-rendu de lecture
du dialogue de Pierre Bourdieu et Hans Haacke,
LIBRE-ECHANGE, Le Seuil / Les presses du réel, 1994
"UNE SORTE DE POEME: A ESSAYER
La nasse, Die Reuse, La nassa, The Fishtrap, c'est d'emblée en
quatre langues que se présente cet ouvrage très intrigant mais fort
intéressant de Laurent Grisel. Il m'a touchée personnellement pour
deux raisons.
Il se présente comme une 'note de lecture', note dont il faut tout de
suite dire qu'elle est de nature poétique, sans aucune ambiguïté. Il
s'agit pour l'auteur de réfléchir poétiquement à partir d'un livre
d'entretiens entre Pierre Bourdieu et Hans Haacke, livre qui de toute
évidence l'a marqué et qui va être en quelque sorte un inducteur
pour sa propre réflexion.
Réflexion grâce à laquelle il aborde quelque chose qui est très
difficile à faire passer en poésie, à savoir l'opinion que l'on peut
avoir sur le monde, la marche du monde aujourd'hui: 'laissez
aller la poésie, regardez-la prendre les mouvements. Pourquoi
pas parmi mille, ceux de l'argumentation, de la discussion, de
l'échange.' Je trouve que Laurent Grisel fait très bien passer dans
ce texte des idées, des prises de position, une sorte d'engagement.
Et je trouve cela très réussi et très beau, sans rien de pesant ou
d'ennuyeux ou de platement didactique. Je me demande même,
mais là ma culture poétique est insuffisante pour que j'ose l'affirmer,
s'il n'a pas inventé une voie nouvelle.
L'autre chose qui me touche, c'est ce parti de publier ce texte en
quatre langues simultanément. Quatre langues qui sont aussi les
langues essentielles de la musique occidentale, le français,
l'anglais, l'allemand et l'italien. Tant es si bien qu'on a l'impression
de se trouver devant un livret de CD, idée qu'il ne faut absolument
pas entendre ici comme péjorative, bien au contraire. J'aime
infiniment le fait d'aller et venir d'une langue à l'autre, même si la
perception que je peux en avoir est partielle, de goûter les sonorités
et les nuances.
Pour une fois j'ai envie de citer la quatrième de couverture d'autant
plus qu'elle est due à Laurent Grisel lui-même qui définit vraiment
très clairement son projet: 'La Nasse est un poème; la poésie et
la prose, toutes sortes de poésie, y sont frottées l'une contre
l'autre. Le lecteur se trouve ainsi dans autant de situations à
plusieurs faces, à démêler. Ne serait-ce que parce qu'inventer,
renouveler les façons de voir, c'est aussi créer de nouvelles
situations de lecture, mêler les plaisirs, s'autoriser tous les
sujets, changer les relations d'auteur à lecteur, de langue à
langue. LA NASSE est une sorte de poème: à essayer."
('Flote', in: zazieweb, 1o décembre 2oo2)
"Pierre Bourdieu nous a appris que les idées (mêmeles plus
abstraites, les plus universelles) sont tributaires de leurs
conditions de production. Leur prétendue indépendance
est un leurre. Qu'on relise les Méditations Pascaliennes
de Bourdieu. C'est à ce livre que je pense, à cette thèse,
quand je lis La Nasse de Laurent Grisel. (...)
De fait, ce livre soigneusement construit (cinq chants - ? -
composés chacun de cinq parties et suivis, sauf le dernier,
d'un poème, encore que le mot poème ne soit pas tout à
fait juste pour désigner le texte qui suit le troisième chant...),
organise un ensemble d'arguments relatifs à la question de
la poésie, à sa lisibilité, à sa réception par ce cercle de
lecteurs qu'il s'agit toujours d'élargir. Laurent Grisel avertit:
'Pour les poètes comme pour n'importe quel artiste, je ne
pense pas qu'il y ait de création, ni de liberté sans aller,
de toutes les manières possibles, à la rencontre du public.'
La poésie, on le sait depuis longtemps, n'existe pas: il
n'existe que des poésies... qui prennent parfois l'apparence
de la prose. Tout cela se donne à lire dans La Nasse. Le
travail du lecteur est alors de démêler ces propositions pour
créer du sens car le sens n'est jamais donné. La Nasse
est un livre exigeant car il n'admet aucune paresse, car il
s'inscrit dans le mouvement de la littérature de création qui
invente sans cesse de nouvelles formes, de nouvelles façons
de dire et de sentir, car il fonctionne en réseau, il renvoie
continûment à d'autres livres, à d'autres écritures. (La
référence à Brecht n'est pas innocente.) (...)"
(Laurent Wasselin, in: Rétro-Viseur, no 9o, octobre 2oo2)
"(...) A plusieurs, ils y disputent aussi bien sur les rouages
de la création littéraire et artistique, que sur l'économie de
l'art ou le rôle des artistes dans la société. La Nasse est une
oeuvre dense et difficile car elle mélange les genres, poétise
la sociologie de la littérature. Bref, une oeuvre à ne pas mettre
dans les mains des auteurs sans recul, heureux titulaires d'un
QI de pintade... Ah que, si ça se trouve, j'en suis!?"
(Ecrire & Editer, no 39, août-septembre 2oo2)
"(...) L'aspect du livre lui-même est incroyablement chic
et pourtant tout dans le contenu du texte pourfend le vrai chic
parisien comme les croyances de l'élite détentrice du capital
symbolique. (...)
(sitaudis.com)
"(...) Poser le problème de la 'production artistique' en tant que
poète, c'est prendre des risques et principalement celui 'de se
tromper, tromper, être trompé'. Il s'agit de tenter d'infléchir le
cours des choses, de se transplanter sur un autre terrain que
celui de la poésie-poésie afin d'entrevoir des espaces nouveaux.
Il s'agit aussi de se maintenir dans un éveil permanent qui
permette l'expression d'une pensée et d'une sensibilité au-delà
des stéréotypes. (...)
(Georges Cathalo, in: Rétro-Viseur, no 89, juillet 2oo2)
"(...) dialogue, montage, métrique subvertissant du dedans le
discours lui-même en acte de subversion, comme si, dans cet
acte même, on cherchait ce qui revient purement au mécanisme
de la langue, à ce qu'elle rejoint, assimile ou analyse, recompose
et reflète (...)
(François Bon, in: remue.net)
"LAURENT GRISEL OU L'ANALYSE DU REEL Dans la nasse de Laurent Grisel s'agitent des idées, des questionnements qui dérangent. Et tout ce bouillonnement nous agite, nous interroge dans l'espace de trop tranquilles 'vérités'. (...) Ouvrage à consommer avec et sans modération" (Daniel Leduc, in: @xé libre, mai 2oo2) "(...) Certes, s'il sait parler clair, Laurent Grisel n'est guère plaisant, n'amuse point, refusant les signes convenus de la subversion à la mode, celui de l'humour en particulier, et fait montre d'un imperturbable sérieux: un allant communicatif s'y substitue, la jubilation du militant et celle du chercheur aux lendemains d'une observation décisive et préoccupé seulement de mettre sa découverte à la portée de ses semblables. Laurent Gisel, une morale poétique en action." (Claude Vercey, in: Décharge, no 116, pages 59-63 (!), décembre 2oo2) |
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Emile Hemmen: Jeux de pistes |
couverture: Georges Le Bayon français - allemand 156 pages, 21 x 13 cm 12 € "" Le doyen des lettres francophones luxembourgeoises, né en 1923, revient sur le devant de la scène littéraire avec un nouveau recueil au titre programmatique qui donne le ton; en l'occurrence il s'agit d'un clin d'oeil auquel on peut donner bien des contenus sémiotiques. Les jeux de pistes en question désignent autant les relations de complicité qui peuvent exister dans un couple que les codes sociaux qui régissent les différents groupes dont on fait partie. Il y a, dans les échanges humains, une part sérieuse et une part ludique. Comme le Pteit Poucet, on sème des cailloux pour retrouver son chemin, volontairement ou inconsciemment; cela ne veut pas dire que l'on touchera au but, mais on aime bien mettre en place des balisages, des repères rassurants. Ces 'pistes parsemées de signes / couvertes de ronces /chargées de cendres noires' peuvent s'avérer trompeuses: la vie est, fondamentalement, un leurre. Au fond, ce qui compte est moins d'arriver à bon port - y en a-t-il un, de toute façon? - que d'oser l'aventure du décryptage des codes et des routes. Le point de départ de ces textes est souvent le moi du poète dans une situation stable, un cadre naturel fixe, qui subit une altération. Du moi, on passe au couple, du couple à la collectivité qui engendre la mixité et promet le retour de l'existence édénique. Dans ces vers, on trouve les champs lexicaux de l'intimité amoureuse, de l'itinéraire difficile, du temps matérialisé, du pays perdu retrouvé comme par magie, du retour cyclique des phénomènes naturels, mais aussi la thématique du silence du ciel et de la vanité de la parole, la problématique encore de l'écriture prestigieuse et inutile. Rien ne vaut les mots pour gérer les maux, mais rien de plus creux aussi que la langue. PAS DE DEUX Bilingue de formation et de sensibilité, ce poète, de son propre aveu, a recours à l'allemand pour traiter des sujets en rapport avec la réalité sociale et matérielle, et au français pour se faire le témoin des phénomènes psychiques ténus qui, renonçant à l'anecdotique et à la couleur locale, permettent d'accéder à une vision universelle. Le français employé par ce poète luxembourgeois n'est donc pas la langue des échanges quotidiens, mais l'idiome de l'envol, de la réflexion, voire de l'abstraction et du charnel. C'est l'éditeur du recueil en personne, Rüdiger Fischer, lequel a souvent publié des textes de nos compatriotes, qui signe la traduction allemande. Traduction juste dans la tonalité, qui respecte le niveau de langue toujours soutenu. Mais le lecteur bilingue - fréquent des deux côtés de la Moselle - ne peut pas ne pas remarquer qu'un élément formel vital chez Emile Hemmen n'est pas pris en compte dans la version seconde. C'est la poétique toute formaliste à laquelle il a toujours tenu et qui fait son charme: le fait de s'exprimer naturellement en vers réguliers, notamment en iambes - pour reprendre la terminologie de la métrique latine. Le iambe est une mesure composée d'une syllabe atone suivie d'une syllabe tonique, comme dans les vers suivants: 'présence-absence / dans le chagrin / des lieux perdus'. Ce rythme, d'après les dires mêmes de l'auteur, vient tout naturellement sous sa plume, mieux: il correspond à un besoin interne, à une pulsion primaire. Du fait que ce vers est court, le rythme est comme haletant, excitant, comme si une angoisse secrète, une agitation latente habitait l'écrivain. Significativement celui-ci ne va guère au-delà du vers hexa- syllabique et se refuse à pousser les jeux rythmiques jusqu'à composer des alexandrins, dont la régularité presque mécanique lasse depuis longremps poètes et lecteurs. Il n'en reste pas moins que la dimension rythmique encore toute classique d'Emile Hemmen est fortement ancrée dans la tradition culturelle et littéraire française et, par conséquent, proprement intraduisible: aussi, le traducteur ne s'y est-il pas essayé, préférant des vers libres apparemment plus modernes. La traduction la mieux intentionnée n'est jamais qu'une approximation." (Frank Wilhelm) "(...) Rapidement on nomme, on définit, on détermine et l'ensemble dessine une carte inédite. Le poète interroge les mêmes matières, chaque fois premières: sable, neige, pierre, lumière, source, terre, désert, feu... Le paysage est intérieur. Les pistes se multiplient, il n'y a qu'à choisir, à se laisser guider. Avec le recul et l'expérience, force est de reconnaître qu'elles se révèlent souvent fausses, les pas innombrables sur les chemins perdus. On arpente des territoires inconnus où les frontières s'éloignent comme autant d'horizons indépassables. L'homme est au centre cependant, dans son errance, sa boussole aimanté vers l'étoile du berger, avec des résidus de sentiments et des rappels de sensualité. (...)" (Jacques Morin, in: Décharge, no 133, mars 2oo7) "(...) Tout comme pour Anise Koltz ou Nic Klecker, il est inutile de gaspiller de l'encre en présentant exhaustivement l'un des piliers de la poésie luxembourgeoise contemporaine. Trois phrases suffiront. Né il y a 83 ans et après avoir publié plus de deux douzaines d'ouvrages en plusieurs langues, Émile Hemmen ne cesse pourtant de surprendre par sa fraîcheur d'esprit sempervirente, que bien des quinquagénaires pourraient lui envier. Il fut notamment cofondateur de la revue "Estuaires", tout comme il l'est des nouvelles éditions du même nom, dont j'ai déjà présenté quelques titres dans notre bon vieux canard pas enchaîné pour un sou. Plutôt porté à ouvrir de nouvelles pistes, quitte à être peu suivi, qu'à prospecter des gisements déjà découverts, il se dresse - chêne solitaire (pas tout à fait, il y en aurait en Auvergne tout de même mille neuf cent quatre-vingt-dix- neuf autres) - indifférent aux modes, tendances et autres servitudes au milieu d'un paysage, où la reconnaissance est trop souvent synonyme d'obédience.(2) Quand au recueil lui-même, s'il témoigne par ci par là d'un vague désabusement philosophique, son verbe pétille comme une coupe de champagne à peine remplie. Son recueil est une véritable exposition de bijoux toute de finesse, d'allusions spleenétiques et de rêves venteux, dont déjà le titre et la splendide couverture illustrée par le peintre Georges le Bayon, "vieux complice" du poète, donnent envie de saisir, parcourir, puis relire feuille à feuille et déguster page après page la sagace verdeur. N'hésite donc pas, l'amie, l'ami, à rêver avec Émile Hemmen, et à refaire avec lui ton éducation à cette philosophie poétique qu'il affectionne, en égrenant ce chapelet enchanté de perles d'une sagesse tristounette, c'est vrai, quelque peu désabusée, peut-être, mais perles à l'eau presque toujours si claire, qu'on la dirait frémissante sous le soleil au creux d'une paume nacrée. Quelques fois pourtant - autres pages, autres vers - cette même eau perd son brillant friselis, jusqu'à devenir, sous ses reflets, insondable et glauque comme lacs d'Auvergne. Chez Émile Hemmen, les oiseaux, mouettes et autres prédateurs volants finissent en migrateurs, puis cèdent aux ailes libres, de celles que le vent emporte comme le sable fin des rêves. Ils y sont d'ailleurs omniprésents, ces rêves, que ne parviennent à détrôner ni l'errance, ni les assauts du feu ou de la neige "derrière une porte fermée à quatre tours". Ils les intègrent somme toute, les font mots, grâce auxquels la voix de l'auteur te rejoint, devient tienne et - étrange ULM - "Accroche ta voix brisée à l'aile de l'impossible rêve". C'est ce que te suggère le poète après avoir perçu "Nos pas / criant sur chaque caillou // Paraître comme un vent / où tout s'éloigne." et avoir vu (tristement? pas sûr!) "Plus loin / et plus désert / que l'arbre supportait // Un ciel absent, / éteint et nuit / jusqu'au visage de la mémoire." Au fur et à mesure que progresse cet fantastique jeu de pistes - ou jeu de rôles? - aérien, de lecteur tu deviens toi-même poète, et découvres de nouveaux joyaux, sans cesse... "Je désirais ton corps / pour rassurer ma soif / la soif de ton absence." mais aussi "Et l'ombre meurt dans l'ombre / là où la lumière consume le ciel. // Qui a séché les larmes / des jours en devenir?", question tout à la fois de nostalgie et d'espoir que Rüdiger Fischer, aussi bien éditeur que traducteur de l'ouvrage, pose en allemand : "Wer hat die Tränen / der Tage ohne Werden getrocknet?" Le poète te donne-t-il la réponse soixante-six tours de page et de promenades poétiques plus loin, au moment où tu t'y attends le moins? Peut-être "... comme si mûrir des rêves. // Les recréer sans cesse / dans la mémoire du feu... " en est-il l'expression? Dans "Jeux de Pistes", auteur et poète, poètes et lecteurs, se fondent et se confondent, car, en volant sur les vers magiques d'Émile Hemmen, on fait de la poésie comme monsieur Jourdain faisait de la prose. À bon lecteur salut! 2) Lire à cet effet l'intéressant article de Claudine Muno dans le WOXX n° 796 du 6 mai 2005 (ou sur le net en www.woxx.lu/text_show.php?text id=1659) où se trouve également la réponse au "mystère des 2000 chênes" (Giulio-Enrico Pisani, Zeitung vum Letzebuerger Vollek, janvier 2007 ) |
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Yves Heurté: Mémoire du mal |
couverture: Winfried Veit français - allemand 94 pages, 21 x 13 cm 8 € "(...) Mémoire donc douleur mais non résignation. Témoignage de nécessaire colère. (...) Dire l'incompréhensible à défaut de le comprendre." (Jean-Christophe Belleveaux, in: Comme ça et autrement, no 17) "Yves Heurté, qui a exactement mon âge et beaucoup plus d'expérience, étant médecin et voyageur (la chance!), est d'une trempe particulière.Sa Mémoire du mal, je m'y sens comme chez moi. Sans doute le nomade et l'immobile, au plan de la réflexion (qui chez lui est pleine poésie), sont-ils quelque part faits pour s'entendre. Le mal de Heurté a le même contenu que mon silence. Et la même obstination à avancer en dépit de tout. Ce qu'a merveilleusement traduit l'illustrateur Winfried Veit." (Paul Van Melle, in: Inédit, no 129, février 1999) "En amont des préoccupations esthétiques et des interrogations formelles, il y a toujours, pour le poète, l'urgence de dire. Les poèmes d'Yves Heurté relèvent de cette urgence qui le pousse à dénoncer et à s'étonner. Celui qui s'étonne / prophète on le nomme. C'est là que le clivage intervient entre ceux qui oublient et ceux qui ne peuvent oublier. Mémoire du mal: c'est bien de cela qu'il s'agit lorsque l'enjeu n'est rien d'autre que la survie de l'espèce humaine! Le mal subi et le mal fait hantent la mémoire et l'on ne peut mentir ou se mentir. Je te mens si je parle clair / mon frère de passage. Einstein, Shakespeare sont évoqués; des lieux mythiques également pour tenter d'éveiller les consciences assoupies mais la gangrène de l'oubli a tout enfoui: Enfouissez, enfouissez / la mémoire impensable / Enfouissez même notre oubli. Heurté dérange, son écriture au scalpel ne prend aucune précaution pré-opératoire. Son diagnostic est tombé depuis belle lurette lorsqu'il évoque l'irréparable honte / de l'Occident, au seuil / de sa nouvelle nuit. Alors, docteur, quels sont les remèdes? Comment guérir au plus vite ce monde malade sans lui administrer des cataplasmes de mots ou des remèdes de pacotille? Que pouvons-nous faire, nous, pauvres Poètes à bout de siècle / à bout de souffle et d'âme / debout sur la décharge / des illlusions perdues?" (Georges Cathalo, in: Rétro-Viseur, no 76, avril 1999) "(...) Ce mal dont parle Heurté, même s'il a parfois des tonalités métaphysiques, est d'abord social et politique et renvoie aux charniers laissés par notre siècle finissant: Notre nuit se partage / avec le couteau rouge / et flamboyant des guerres. Y passnt les ombres des martyrs des camps, des Indiens victimes du génocide, des foules de chômeurs et de laissés pour compte d'un Occident au seuil de sa nouvelle nuit. Poèmes sombres, bien sûr, pour ne pas oublier et ne pas refuser de voir aujourd'hui encore les épurations, les déportations et leurs trains, ils militent contre l'oubli et l'engourdissement: O chers bons citoyens / consommateurs de riens, / passionnés d'inutile, / prenez garde qu'un jour / vous ne fassiez vous-mêmes / une ombre dans leurs trains. Poèmes qui opposent aussi l'homme à ses abstractions souvent meurtrières, car le chanteur est plus grand / que le pays qu'il chante, / les amoureux que leurs amours. Le poète, lui, n'a pas la tâche facile: Nous, poètes à bout d'ailes / poètes à bout de mots / à bout de millénaire / nous reste à déchiffrer / un monde qui s'en fiche!" (Michel Baglin, in: La Dépêche du Midi, 24 janvier 1999) "C'est un livre fort, livre-dénonciation que donne Yves Heurté. (...) Tous les textes ont hauteur et gravité adéquats au propos. Chacun, quelle que soit sa forme, va dans le même dessein: rappeler, raviver ce qui était condamnable et doit rester à condamner. (...) Il remplit sa mission imérieuse de lutter contre la banalisation ou l'oubli." (Jacques Morin, in: Décharge, no 1o1, mars 1999) |
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Alain Jean-André: Ulysse vagabond |
couverture et illustrations: Jean-Pierre Lécuyer
français - allemand
14o pages, 21 x 13 cm
12 €
"Sobre, nette, réfléchie, mûre et sourde comme pourrait l'être
une voix intérieure profonde, celle, par exemple, d'une source
nichée au plus creux, au plus secret de la montagne, telle
apparaît, dans ce recueil bilingue (...), la poésie d'Alain Jean-André
dont, pour un peu, et pour peu que l'on s'essaie soi-même à
devenir poète, l'on envierait la limpidité, la "classe", la beauté
presque austère, et l'exigence d'écriture.
Auteur rigoureux autant que vigoureux, A. Jean-André nous
introduit dans son univers propre, partagé entre la symbiose
avec le terroir et le voyage, où les (nombreux) poèmes en vers
libres se succèdent, avec une sorte de hiératisme un peu
minéral. Ici, ça sent la brume, la forêt sombre, le roc non
moins sombre et secret, la fougère qui noie tout, le "bout
d'une rue étroite, au bout, tout au bout", l'énigmatique pavé,
en bref, ça sent le mystère, un mystère qui en même temps
court et enveloppe, imprègne mais d'une façon pudique, légère,
quasi caressante.
Peut-être la vie dans les montagnes possède-t-elle des vertus
propres, entre autres celle de rendre un être poreux, réceptif,
contemplatif? Ce qui est sûr, c'est que, dans cet ouvrage, une
telle hypothèse se vérifie. Avec toute la simplicité et l'humilité
qui l'habitent, Alain Jean-André nous dit qu'il "chemine dans les
rues de la vie". Il rejoint ainsi les grandes traditions déambulatoires
des Gérard de Nerval, des Rimbaud et autres Verlaine. A. Jean-André,
à l'instar de tout poète, cherche et, donc, il bouge, c'est sa manière à
lui de (se) chercher. Mais s'il bouge, il fait, là encore, à sa manière, en
demi teintes et cela ne l'mpêche aucunement d'être lié à son sol, à
son socle, viscéralement. Cet olfactif a la sensualité discrète, cet
homme de l'est qui a un sens très développé de l'ombre, de l'enfoui
et de la délicatesse se promène dans une espèce de glissement
parmi les parfums et les secrets, à la recherche d'on ne sait trop
quelle "substantifique moelle" mutée en poème et, s'il est philosophe,
il l'est par petites touches, avec un grand tact. Bien sûr, il y a les
thèmes humains éternels que sont le temps qui passe, la finitude,
la fragilité frémissante, les limites métaphysiques du savoir ("toi qui
ne sais ni d'où tu viens, ni où tu vas").
Bien sûr, il y a des vers qui témoignent d'une profonde sagesse,
d'une prescience troublante comme, par exemple: "l'informulé
disparaît entre les pierres / et les mots qui remontent à la surface /
comme les restes d'un navire qui a sombré / peuvent-ils nous donner
une idée de notre étendue?"
Mais il y a aussi les gens, les figures humaines qui lui inspirent
tendresse et sur lesquelles, par conséquent, il aime à s'attarder,
se pencher, faire halte, juste le temps d'un poème. S'il apprécie
charnellement et brumeusement (si je puis me permettre) son
sauvage pays qu'il qualifie lui-même de "pays tout en os""dont
il ne reste que le squelette", il a en lui une telle soif d'espace et
de quête (l'un ne va pas sans l'autre) qu'il s'aventure, en définitive,
vers la fin du recueil, "Un peu vers le sud".
A. Jean-André aime le vide, car, n'hésite-t-il pas à postuler "- C'est
dans ce vide que tout jaillit". Vide de la "campagne nue""jusqu'aux
lisières mauves des forêts", vide de l'"errance", des "arpents / de ciel
bleu" qui "tremblent au pied des bouleaux / et sur l'oeil des tourbières".
Vide magnifique, sans cesse coursé. Pas de poème sans ce vide, on
le voit.
La montagne a le pouvoir de donner un sens tout particulier de
l'harmonie et de la densité du vivre. Elle vous contraint, en quelque
sorte, à entretenir avec la nature vibrante et avec l'espace béant une
relation immédiate, pleine, forte, de type fusionnel. "Légère" est la vie.
Alors, la poésie donne toute sa mesure. Telle un plain-chant. Le cadre,
ici, impose la simplicité contemplative, tout comme il induit l'impérieuse
nécessité de l'épure. Une poésie empreinte d'air pur qui irradie l'équilibre
glané au contactdirect de la nature; une poésie ponctuée par les illustrations
d'un autre vosgien, le graveur Jean-Pierre Lécuyer, lesquelles, en écho aux
poèmes, cultivent les géométries de l'ombre."
(Patricia Laranco, in: Diérèse no 42, automne 2oo8) |
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Alain Jean-André: Entre terre et nuages |
couverture: Alain Jean-André
français - allemand
118 pages, 21 x 13 cm
11 €
"(...) Entre terre et nuages se trouve être le 44e titre de la collection
Sources. Etant donnée la place qu'occupe, dans les titres de Im Wald,
la nature, le monde naturel, on peut entendre ce mot "source" d'au moins
deux manières: source-langue (le français, le grec, l'italien etc), et/ou
source-thème, l'origine, "la source claire", page 19, qui ouvre le poème
Bivouac, la source à laquelle le poète arrive "dans les limbes du crépuscule",
après avoir "marché parmi des gerbes de genêts / la géométrie sauvage
des pierrailles", et près de laquelle il "se retrouve", "corps multiple / qui
ne cherche plus de nom".
"Debout sur le sol dénudé, la tête baignée par l'air vif, transporté par l'espace
infini, tout égoïsme disparaît. Je deviens un globe oculaire transparent; je ne
sudans le sombres rien; je vois tout; les courants de l'Etre universel circulent à travers moi":
après J.-J. Rousseau et les "mille rêveries confuses et délicieuses" du
promeneur solitaire (1776), après Senancour (ses Rêveries sur la nature
primitive de l'homme et son célèbre Oberman), après le Chateaubriand de
Atala..., mais avant Walden ou la vie dans les bois et Walking de H.D.
Thoreau, c'est Emerson, le philosophe-poète américain, qui s'exprime
ainsi dans son superbe essai La Nature (1836). Et qui précise (ce qu'on
a souvent oublié de savoir, depuis!): "Cependant il est certain que le
pouvoir de produire cette sensation de délices ne réside pas dans la
nature, mais dans l'homme - ou dans l'harmonie des deux". Autrement
dit: c'est l'art (la poésie, la musique, la peinture) qui donne leur valeur
"poétique" à la fleur, à l'arbre, à la saison, à une certaine lumière, à un
certain sommet, à la neige, à un oiseau... Et on pense d'autant plus
intensément à cette phrase d'Emerson en liant Entre terre et nuages
que les poèmes d'Alain Jean-André prennent le plus souvent pour objet
la nature difficile, ingrate, inhospitalière: ronces, glace, étendue nue des
chaumes, silence du bois d'hiver, rocs éclatés, "dépouillés jusqu'à l'os",
etc Images de pauvreté et de solitude. "Corps du monde" ensanglanté,
effondré, désaxé, tel qu'il se présente par exemple (et avec lui l'homme
qui l'habite) dans le poème Le deuxième jour (le 2e jour de la re-création
du monde dans la douleur, pages 87 à 91). Ce "corps du monde" nous
raconte l'histoire très ancienne (avec ce "cent mille ans" qui revient dans
le livre comme repère mythique) de la présence de l'homme sur la terre.
Il garde sa trace: voici "le hameau vide", que, depuis "les hauts" (page
71) ("les hauts" de la montagne vosgienne), le solitaire "regarde / avec
des yeux de loup" (p. 75), chasseur chassé, réfugié dans les bois: "(son)
âge est dans le sombre / l'humus, le végétal" (p. 63)..., et voici le poète
(p. 41) "Immobile / dans la pièce vide / alors que la nuit tombe", comprenant
qu'il est comme il était "il y a cent mille ans"..., et le voici encore, tel soir
(p. 33) devenu "avec la panne" (d'électricité) "et (sa) plume", "contemporain
/ de Wang Wei et de Li Po" - et de Bashô. Chine, Japon. "La terre sent
l'Eurasie / des odeurs de peuples disparus" (p. 43). Expériences réelles
et imaginaires de mouvement, de marche - non seulement à travers le
temps et l'espace, mais à travers les règnes minéral, végétal, animal,
humain: ici (p. 21), le poète a le pouvoir d'être "la brume du matin",
mobile et éphémere; ailleurs (p. 65 à 67), "sur les versants des monts /
dans les racines ombreuses", il est une fleur: la digitale pourprée, sorcière-
soeur à laquelle il peut demander, comme il le demande à tout et à tous,
"dans quel humus" plongent ses "noires racines". Ou un oiseau, plutôt
un rapace au "cri noir" (p. 27), ou "une buse (qui) tourne haut", et de
là-haut, laissant "errer (sa) pensée", il voit le monde dans son ensemble,
il le re-crée dans son unité, il l'éveille (ou il est éveillé), conduit "sur un
chemin de clarté / du côté d'inattendues syllabes": naissance du poème,
et du poème sous sa forme la plus serrée, nécessaire:
et la voici (p. 43)
qui piaille
la buse
éveillant la part rude
la sombre
l'osseuse
l'ardente
l'enfouie
rayonnante
...qui retrouve le bleu, le bleu du tout premier poème, la clarté bleue du
matin, le bleu des soleils bleus des chardons, l'éclat céleste de la terre
inculte, le regard bleu des montagnes de grès rose, le silence bleu d'un
après-midi, le bleu... adorable?
Et le sixième jour (Le sixième jour, page 1o7, dernier poème avant les
points de suspension - repos du créateur! - du 7e!):
C'est l'enfance
C'est le vent
Un printemps toujours recommencé
Les vibrations du monde
/ qui passent
dans l'encre
(Andrée Barret, in: Diérèse no 47, hiver 2oo9)
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Daniel Leduc: Le livre des nomades |
avec 6 illustrations de Bertrand Sylvestre; préface de Jean-Claude Villain français - allemand 2o4 pages, 11 x 8 cm 1o € "Cet épais recueil de format réduit m'apparaît comme une mélopée, celle que chantent sous la tente aux confins du Grand Erg, les nomades touaregs accroupis autour du feu crépitant de branches sèches. (...) Car il y a ce "Nous" qui revient en tête de chaque poème et nous fait les complices de cette marche au désert: Nous marchons / des heures / durant / sans dire / un mot / nous parlons / de longs / instants / sans faire / un pas. Le rythme même nous envoûte, lente pérégrination au pas des méharis, dans l'immensité des sables et du coeur de l'homme soumis à une loi éternelle pour traverser / la nuit / jusqu'au seuil / de l'espoir." (Jehan Despert, in: Le Cri d'Os, no 21/22, 1998) "Ce recueil est un petit bijou: format surprenant, quelques encres fort réussies de Bertrand Sylvestre." (Henri Heurtebise, in: Multiples, no 54, 3e trimestre 1998) "(...) le lecteur est immédiatement jeté en plein désert, en plein fech-fech, au point de se perdre et de ne plus attendre qu'un signe du guide, du poète, de Daniel Leduc, pour retrouver la piste devenue invisible. Sans être certain que le signe viendra. Peut-être, sans doute même faut-il que ce menu chef-d'oeuvre (je n'exagère pas) soit, au sens propre du terme, livre de chevet à l'étape, livre de raison pour conduire plutôt sa vie que ses pas." (Paul Van Melle, in: Inédit, no 119, février 1998) "(...) Etoiles, oiseaux, nuages, serpents, chiens, eux aussi, sont en fraternité avec ces 'passagers du vent' qui toujours vont de l'avant et qui veulent faire de leur vie un 'cercle parfait'. Enfin ce livre est plus qu'un poème. Il développe une mystique, une méthode de méditation, une ascèse. C'est un livre de sagesse à mettre dans sa poche car il est tout petit: 11 x 8 cm. L'éditeur et traducteur Rüdiger Fischer en a fait un chef-d'oeuvre en l'ornant des dessins en noir et blanc de Bertrand Sylvestre. (...)" (Odile Caradec, in: Le Journal des Poètes, octobre 1999) |
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Alain Leverrier: Recherche sur un fil de la connivence |
français - allemand 156 pages, 2o x 13 cm 1o € "Alain Leverrier écrit principalement une poésie de l'amour et certains poèmes sont simples et beaux comme de l'Alain Borne. On y est au plus près de l'homme et des sentiments contradictoires de la passion. Cela nous vaut quelques aphorismes (Tu m'aimes parce que je te révèle dans ta beauté) ou jeux de mots signifiants (se lever de bonheur). Malgré les éclaircies amoureuses, l'auteur se sent souvent seul comme un caillou et pratique alors une certaine auto-dérision, qui est peut-être un moyen de défense. Cette auto-dérision révèle les diverses facettes d'une personnalité qu'on devine forte et extravertie." (Michel Monnereau, in: Parterre Verbal, no 21, mars 1997) "Pour Alain Leverrier le bonheur est fait de connivence, autant dire d'instants fugitifs, de clins d'oeil dont l'éclair est à saisir au vol. C'est un exercice acrobatique qui ne va pas sans risque pour les autres - la vie est une Traversée à gué / sur des têtes -, mais où la complicité, miraculeusement obtenue, peut avoir la belle simplicité d'un jeu de mots: Elle m'a dit: 'Tu es doux! J'ai répondu: ...de la Mayenne.' / On a ri.; d'un jeu de gestes: Par temps clair / quand je me glisse / dans ton sexe / je me vois / dans tes yeux. Et si vous n'oubliez pas la complicité des choses - les flocons s'en vont obliquement / comme à regret / tirés par quelque pressante / et fondante / obligation -, vous comprendrez qu'il y ait des jours où l'on n'a plus envie de mourir! Mais on n'épuise pas en quelques lignes la richesse du beau recueil bilingue d'Alain Leverrier." (Jean-Paul Giraux, in: Les Saisons du poème, no 22, automne 1996) |
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Jean-Paul Mestas: Longtemps après |
français - allemand 7o pages, 21 x 13 cm 8 € "Placé sous une longue et éclairante préface d'Henri Bernier, ce nouveau recueil de Mestas est sûrement le plus authentique de tous. Il rassemble 25 poèmes sans effets lyriques qui se lisent comme une sorte de bilan existentiel. L'auteur s'y révèle tel qu'il a toujours été: tolérant et généreux, lucide et sensible. Bien sûr, on peut relever ici ou là un ton de regret, une note mélancolique mais ce sera pour mieux se relancer vers l'espoir et retrouver 'les rivages de l'allégresse'. Pas de rancoeur ou de rancune dans un itinéraire mouvementé mais une grande détermination à poursuivre sa route: 'et sur le sable resté chaud / renaissent nos empreintes'. Des voix se font entendre, montent puis s'éteignent et longtempsaprès que le poète se soit posé, il écrit 'J'ai tout relu.' Ce qui en ressort contient une infinie tendresse pour l'être humain capable du meilleur et du pire, coupable de tant d'errements que seule une parole poétique peut transcender. Mestas a su dépasser le stade de la résignation et 'l'impitoyable litanie / des semeurs d'anathèmes'. Les lieux variés et les personnages divers peuplent encore la mémoire du poète afin d'entretenir 'quelque chose de plus nouveau / comme le plus ancien des rêves.'" (Georges Cathalo, in: Rétro-Viseur, no 91, janvier 2oo3) "'Testament spirituel et poétique' selon le préfacier Henri Bernier, qui analyse finement le dernier recueil de Jean-Paul Mestas, en effet différent et plus significatif que les précédents, car le poète s'y livre plus. Avec toutes ses facettes: le voyageur, le militant humaniste et, depuis 1977, la revue Jalons qu'il anime avec sa femme Chris, illustratrice de nombreux livres. Longtemps après, dans cette édition bilingue, conserve l'habituelle distance voulue par le poète, mais révèle mieux ses tentations et ses passions si le lecteur parvient à lire entre les lignes (...)" (Paul Van Melle, in: Inédit, no 165, octobre 2oo2) "Une poésie exigeante, énigmatique, elliptique. Une poésie d'expérience dans le temps et l'espace du monde. On reprend en compte les choses et les mots. On emploie des termes spécifiques. On se réfère discrètement. Il y a la distance de l'âge, de la réflexion. On cherche l'art avec hauteur. Dans ce charme un peu désuet, dans cette conviction un peu guindée réside une parole forte et noble." (Jacques Morin, in: Décharge, no 116, décembre 2oo2) |
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Félix Molitor: Leyla |
illustrations: Béatrice Garcia français - arabe - allemand traduction arabe de Jalel El Gharbi 118 pages, 21 x 13 cm 12 € "il y avait Leyla il y a ce qui m'arrache je maudis ma naissance j'emporte la sienne à m'y perdre (...) je te formulais comme un mot 'Leyla' Le nom de l'aimé(e) fut souvent sujet de fantasmes. Corps abstrait qui s'embrase, dépassant le corps charnel pour atteindre l'absolu de l'être et de la passion amoureuse. Leyla est un prénom qui se prête à ce jeu par sa brièveté, sa musicalité. Moulé dans l'eau des L, il vibre grâce à ses voyelles pour s'envoler dans le soufle du a. Aux quatre horizons de la vie s'ancrent les quatre éternités de l'amour. Et l'amant cherche: qui es-tu Leyla? Apnée de l'amour. Etoile au zénith d'un passage toujours à revivre. Quel lien, pour le lecteur, de poème à poème, outre le lancinant prénom? On devine l'auteur en arrêt au bord d' 'un silence de pourpre et de noir'. Il interroge, sonde, écrit les lettres d'un prénom qui le ramène à lui-même et le déborde vers l'inouï. C'est celui d'une enfant. C'est celui d'une femme ou d'un ange. Comme un moineau dans la paume. dans la brisure infinie de l'instant se choisissent des errances muettes il est vain le mot qui n'est pas plus beau que le silence ne le prononce pas ces lieux sont faits de miroirs pour des regards qui cherchent à se croiser sans être vus qui sont en chemin parmi les sables Leyla, je marche pour toi me traversant de ta nuit en me brûlant Au début du livre, Molitor écrit: Leyla signifie la nuit. Se poétise dans les silences du coeur. Du désir mortel de signifier. Lumière absolue. Toujours en face. Poésie. Les errances de la vision. La douleur de l'au- delà. Quand femme et poésie ne font qu'un. En fin d'ouvrage, le poète, brièvement, cerne ce qui donne sens à cette quête de Leyla. Saluons le beau travail éditorial de Rüdiger Fischer, sa constance, sa fidélité. Quant à la traduction de Jalel El Gharbi, outre le fait qu'elle favorise la pénétration d'une oeuvre francophone dans les pays arabes, ce qui réjouit, elle nous paraît empreinte d'une beauté intemporelle. Il semble même, car il est permis de rêver face à la calligraphie arabe quand on ne peut pas la lire, que c'est Leyla elle-même qui répond de la sorte à son amant..." (Béatrice Libert, Liège, dimanche 19 février 2oo6) (voir www.maisondelapoesie.be) "Le poète luxembourgeois Félix Molitor nous offre dans ce recueil un hymne d'amour à la poésie désignée sous le nom de Leyla, figure emblématique, digne du Cantique des Cantiques. Une légende persane conte l'amour de Majnûn, poursuivant à travers le désert, jusqu'à la mort, une femme inaccessible nommée Leyla. 'Majnûn le poète errant; Leyla le poème toujours ailleurs.' Quête infinie, la poésie s'écrivant dans l'écart du désir, dans l'essence du manque. nevermore seul dans l'attente un pigeon mort sous mes pas distille le visible dans l'immobilité des ailes étalées qui si je criais... Facinés, nous suivons le poète dans sa recherche passionnée et désespérée. Félix Molitor nous entraîne dans un vertige d'images d'où toute banalité est exclue. tes pieds me descendent dans l'abîme où plonge le seau du bédouin je te rêve sous mes pas L'absence de ponctuation agrfandit l'espace du désert. La mise en page centrée des vers esquisse comme une succession de dunes, à la recherche d'une parole pure et absolue. tenter l'amour des profondeurs tenter l'en-deçà du regard la roche fissurée sous les vagues de dunes et les bouches qui attendent au sortir de l'apnée Il est vrai que la beauté des mots de Félix Molitor suffoque. Lorsque vous aurez terminé la lecture de Leyla, vous rouvrirez le livre et reprendrez la quête. (Chantal Dupuy-Dunier, in: arpa 9o) |
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Judy Pfau: Pays de lys |
anglais-français-allemand couverture: Viko Bauer traduction en français par l'auteur préface: Anne-Marie Derèse 16o pages, 21 x 13 cm 12 € __________________________________ AUBADE Le jour à son éveil
m'offre ton visage
toujours neuf
Tu gardes en ta main
l'oiseau captif
que mes paroles
délivrent.
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Mireille Podchlebnik: Passeur de sens |
français-yiddish-allemand couverture: Sylvie Donaire traduction en yiddish: Gilles Rozier, revue par Yitskhok Niborski préface: Frédérique Despesse 62 pages, 21 x 21 cm, 1o € __________________________________ Préface: C'est dans un de ces temps creux de mercredis dédiés aux enfants que nous nous sommes rencontrées. Des sons d'une musique studieuse s'échappaient dans les couloirs. De sourires en bonjours nous nous sommes retrouvées un après-midi de 2005 autour d'un café. Il est parfois de ces instants où des croisements de vie se décident à notre insu. Nous sommes nées la même année avec à peine un mois de différence. Mireille P. me raconte son enfance, sa famille, la déportation et la souffrance. Mon parcours est bien différent. De la guerre, j'ai retenu le manque, les enfants envoyés à la campagne, le grand-père prisonnier. Pourtant, je réalise que je connais son histoire. Elle fait partie de mon propre passé, destins croisés de nos grands-parents, de nos parents. C'est "la vieille Europe". J'ai lu des livres, vu des documentaires et des films qui lui sont dédiés. Le noir & blanc des images est trompeur et nous renvoie dans un temps qui semble plus lointain qu'il n'est. Mais ce jour-là j'avais en mains des papiers officiels avec les tampons du gouvernement de Vichy et des lettres manuscrites porteuses de décisions irrémédiables. Les noms et les faits s'inscrivaient dans un présent palpable et avaient un visage. Tous ces documents sont le fruit d'une recherche laborieuse, le plus souvent douloureuse. Mireille P. m'explique la complexité de cette quête et la confusion affective qui en résulte. Se cumulent autant de vies à porter, mais aussi à transmettre à la génération à venir. L'écriture s'impose d'elle-même comme écrin des souvenirs que l'on peut conserver et donner le moment voulu. Depuis cette journée, son père s'en est allé. Mireille P. me livre ses poèmes. Je retrouve les traces de son récit. Ses vers sont traduits en allemand et en yiddish, la langue de sa mère. Ainsi écrits les "mots mystères", les "mots mémoires" vont pouvoir transgresser les lois de la physique. Devenus intemporels, ils restituent un autre temps, celui de son enfance, celui de ses racines. |
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Jean Rivet: Quand Charlotte me prenait la main |
couverture: dessin-collage fait par les élèves du Cours préparatoire de Janine Sartous, de l'école Colbert de Blainville-sur-Orne français - allemand 1o5 pages, 21 x 13 cm 1o € "Charlotte est la petite-fille de Jean Rivet. Elle est ici la muse, celle qui rend au poète sa jeunesse. Les textes sont le résultat d'une alchimie entre insouciance et inquiétude, fraîcheur et expérience, espérance et crainte, l'enfance et l'âge mûr." (Alain Boudet, in: Promenoir vert) "L'art d'être grand-père en face de la petite-fille. 6o ans d'écart. Un peu les deux bouts. Jeunesse-vieillesse dans l'attendrissement mutuel. Le fils et père au centre, dans la confusion d'une trinité d'enfances. On a à la fois la fraîcheur et la gravité qui se confrontent, se mélangent et se transcendent. Les mots simples vont droit. Le fil rouge, mis à part celui du ballon de Charlotte, c'est le temps du verbe: passé, présent, futur; balançoire incessante. On ne s'angoisse outre mesure quoi qu'il advienne, on est aux pôles du paradis." (Jacques Morin, in: Décharge, no 1o1, mars 1999) "Jean Rivet pour la deuxième fois parle de l'enfance (de son enfance comme de celle de ses petits-enfants). La réussite est de n'avoir pas fait de ce recueil des poèmes enfantins. Le poète reste adulte avec les mots les plus simples et reste le même que dans ses recueils sans connotation d'enfance. C'est infiniment rare." (Paul Van Melle, in: Inédit, no 129, février 1999) "(...) Sa poésie est d'une grande simplicité: Rivet dit son quotidien et sa nostalgie avec une sincérité mêlée de pudeur qui confère leur force à ses poèmes. Simplicité d'autant plus grande qu'il s'adresse cette fois aux enfants (et bien sûr à ceux que nous sommes restés) à travers sa petite-fille qui peuple toutes les pages de ce recueil. Mais les thèmes de Rivet, sa mélancolie face au temps qui passe, restent inchangés, comme les quelques images qu'il ne cesse de faire revivre ou de conjurer: la rue du Moulin- d'Enfer, l'amitié d'un chien, une banlieue ouvrière, un paysage transfiguré par la neige. Et même ces cris de torturés au bord de Marne qui, livre après livre, imposent au poète de témoigner de la douleur et du pathétique de la condition d'homme. Rivet sait être souriant pour dire son affection à Charlotte, il n'empêche qu'il semble toujours s'adresser à elle de loin, de ce futur où elle comprendra enfin ses mots et où il ne sera plus, après s'être à travers son enfance réconcilié avec la sienne. (...)" (Michel Baglin, in: La Dépêche du Midi, 9 mai 1999) "(...) L'adulte, quant à lui, lira ces poèmes comme une façon de nommer l'inconnu du monde, cet inconnu qui nous traverse tous et nous inquiète toujours à un moment ou un autre. Ce livre est une réussite." (Lucien Wasselin, in: Liberté-Hebdo, no 333, 23 avril 1999) |
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