Collection Sources
Aki Roukas - René Welter


Aki Roukas: Chants du passé incandescent

couverture: Arthur Grosemans
grec - français - allemand
traduction en français par l'auteur et Mimy Kinet
73 pages, 22 x 14 cm
14 €

"On ne quitte jamais son enfance. Il suffit de peu de
choses pour qu'elle envahisse nos pensées, avec son
cortège de questions, de regrets, d'incompréhension.
De joie aussi. Les souvenirs sont toujours là, présents
et brûlants, et la poésie ressurgit dans ces 'Chants
du passé incandescent'."
(Alain Boudet, in: Promenoir vert)
"Ecrits en grec, langue maternelle de l'auteur,
ces poèmes, traduits en français et en allemand,
composent un ouvrage d'une grande richesse pour qui
peut s'approcher de ces trois langues. Bénéficiant d'une
présentation remarquable, tant par la qualité du papier
que par l'élégance de la mise en page et de la typographie,
cet ouvrage ne peut que retenir l'attention par le bonheur
qu'on éprouve à le tenir en mains. Ce bonheur se double
immédiatement par celui de la lecture. Avec infiniment
de tendresse Aki Roukas extrait de sa besace aux souvenirs
ceux qui lui sont les plus doux, les plus simples, les plus purs.
Passent ainsi au fil des pages des silhouettes émouvantes,
mère, père, paysages, maisons, animaux familiers,
éternisés par la grâce des mots et du poème, quand
le signe de croix que traçait notre mère / sur le pain
noir ou sur notre sommeil / veille aujourd'hui sur sa
tombe de marbre, cependant que le poète se grise
du soleil du matin et nous confie:Nous avons emporté
un brin de cette lumière / pour nous guérir / des
blessures du passé. Livre de tendresse, de fidélité
et d'amour, ces trente chants - dont l'intensité
émotionnelle fait parfois penser à ceux de Costis
Palamas - font de nous, lecteurs, les complices
d'une intimité pudiquement exprimée, même si
 l'incandescence qui les a suscités, demeure
sous-jacente dans les battements du coeur..."
(Jehan Despert, in: Le Cri d'Os, no 9, 1er trimestre 1995)

Claude Saguet: L'espace de la nuit

français - espagnol - allemand
traduction en espagnol par Eric Fraj, en collaboration
avec Chema Pérez-Manrique
97 pages, 21 x 13 cm
8 €
coédition dirigée par le Passe-Mots de Toulouse
"Claude Saguet est un poète de l'absence et de l'exil,
mais ses douleurs sont sans renoncement et sans
amertume et le regard finit malgré tout par s'ouvrir
à la clarté que recèle la nuit."
(Laurence Bougault, in: Poésie terrestre, no 9, mai 1997)

Lucie Spède: Chansons de l'arbre

avec des illustrations de Rik Hamblok
français - néerlandais - allemand
traduction en néerlandais par Arend
1o7 pages, 21 x 13 cm
12 €
"Chansons de l'arbre, en édition trilingue avec les
adaptations flamandes de Arend, aussi poétiques
quie les textes originaux (...), confirme le talent
déjà bien reconnu de Lucie Spède."
(Paul Van Melle, in: Inédit, no 127, décembre 1998)
"Le titre à lui seul fait le tour de la question. On
s'applique à écrire autour de. Le titre du poème
vient après coup entre parenthèses, comme une
signature. C'est la plupart du temps très réussi.
Certains textes mériteraient d'entrer dans une
anthologie sur l'arbre (...) Très belles illustrations
quadri de Rik Hamblok."
(Jacques Morin, in: Décharge, no 1o1, mars 1999)

Fabienne Swiatly: Sans voix / Stimmlos

Poème écrit en deux langues (français-allemand)
34 pages, 21 x 13 cm
6 €

"Sans voix est un long poème sans effets mais émouvant. Celle
qui parle dans ce poème est née en Lorraine d'un père français
et d'une mère allemande. (...)
Et le poème s'écrit en français et en allemand, les deux langues
se mêlent. Fabienne Swiatly n'a pas cherché à traduire en allemand
ce qu'elle écrivait en français, elle mêle ses deux langues mater-
nelles pour créer, par le biais de l'allemand, à côté du français,
und 'deuxième profondeur de champs'. Une belle leçon! (...)
D'amitié entre les peuples. Loin, loin en avant des intérêts
des boutiquiers et des requins!"
(Lucien Wasselin, in: Rétro-Viseur, no 1o7, juin 2oo7)
" (...) Quant à "Sans voix - Stimmlos", l'étonnant poème bilingue
de Fabienne Swiatly, celle-ci y chante le drame d'une femme
allemande qui a épousé un ouvrier lorrain et qui se voit stigmatisée
et rejetée par son milieu d'adoption.  Complainte d'une étrangère,
épouse et mère, à travers le désarroi de sa fille (l'auteure?).
 Aucune excuse pour ces français obtus.  Elle souffre, n'est-ce
pas assez?  Aucune mention de la souffrance des autres, des
blessures trop fraîches encore pour qu'ils se soucient de ne pas
blesser à leur tour.  La poétesse accuse, et ses larmes d'encre
sourdent, bouleversantes, de ses racines infirmes, exprimant
toutes les contradictions, les déchirements, les paradoxes que
l'amour n'a pu vaincre.  Car l'amour ne suffit ni à vaincre, ni à
soigner, ni à guérir... à long terme... seul le temps le peut.  
Dans "Sans voix / Stimmlos" la voix (justement) de la petite
fille qu'elle fut et qu'à certains égards - son égocentrisme aidant -
elle est restée, se fait inconsciemment complice des conflits de
langue.  Allemand muttersprache - Ah, que ma mère est belle! - 
français langue du père, chargé, lui, de toute la suie du bassin
lorrain!  Par ailleurs absent, presque.  Elle semble hésiter,
tergiverse, choisit le français par-ci, l'allemand par-là, mélange,
essaie de fondre, répète, traduit parfois, pas toujours, sans
vraiment y parvenir, ou le vouloir, deux mondes qui se trouveront,
se marieront, vieilliront ensemble, peut-être, mais pas de cette
manière là, pas lorsqu'elle eût voulu que cela se fasse, jadis. 
Trop vive encore... la douleur.
La poétesse explique: "Je n'ai pas conservé l'usage de la
majuscule pour les noms communs allemands. Cela introduisait
une trop grande distance avec le français."  Pauvre expédient,
qui masque mal un désarroi persistant, même dans la seconde
génération, désarroi dont l'expression vécue et oh combien vive
fait pourtant toute la beauté de ce poème!
Ses deux premiers chants - parties? actes? - sont bouleversants.
(...)

(Giulio Enrico Pisani, in: Zeitung vum Letzebuerger Vollek, août 2oo6)

Teresa Tomsia: C'est plus beau

illustrations de Pawel Jocz et Chrystian Gomolec
polonais - français - allemand
traduction en français par Claude-Henry du Bord
et Christophe Jezewski
traduction en allemand par Dorothea Müller-Ott
1o5 pages, 21 x 13 cm
1o €
"(...) Le titre très bref C'est plus beau est contenu et
expliqué dans le poème initial qui se termine ainsi:
      Seul le vrai est plus beau
      ce qui ne se répétera pas
      ce qui a disparu avec cet instant //
      Voilà ce qui est le plus beau
L'attention très forte accordée à l'instant s'applique aux
vingt-cinq poèmes de ce livre et ceci malgré la constante
présence d'un passé douloureux.
      Je survivrai. Sur le grabat. Au pain et à l'eau.
      Dans la nature morte d'une cellule de prison (...)
      mais je survivrai pour ce miracle
      qu'est le corps humain
Et toutes les villes que Teresa Tomsia parcourt ne
pourront éteindre sa nostalgie. Que ce soit à Budapest,
Varsovie, Paris ou Tübingen, ville de Hölderlin, où
qu'elle soit, elle se pose toujours la même question:
      Qu'est cette ville?
      Qu'est donc chacune des villes?
      Si elle ne sent pas ta peau,
      ton chandail mouillé?
Ici les rôles sont inversés. Eurydice est partout à
la recherche d'Orphée que, mystérieusement, elle
voit noir, rouge, gris ou blanc (...)
on ne quitte pas ce livre sans avoir envie de suivre
cette poétesse de Pologne dont la voix est déjà
très attachante et, vu son âge (née en 1951) très
prometteuse."

(Odile Caradec, in: Poésie première, no 21,
octobre 2oo1)

"(...) Elle a une belle formule pour définir sa poésie:
'Je me libère de la mémoire en écrivant la durée /
dans un jardin qui disparaît.' "

(Paul Van Melle, in: Inédit, no 148, janvier 2oo1)

Lucien Wasselin: Voix obscure

couverture: Patrick Vernet
préface de Pierre Dhainaut
français - allemand
96 pages, 2o,7 x 13 cm
12 €

"Wasselin n'aime pas les majuscules. D'une manière plus
générale, il n'aime pas ce qui se fait remarquer, se hausse
du col et cherche à se singulariser. Dans son nouveau
recueil, on retrouve le ton si particulier de cet écorché-vif
qui traque les absurdités et les atrocités du monde.
L'amicale préface de Pierre Dhainaut rappelle le côté
réfractaire de ce poète rebelle et résistant. Pas de place
ici pour le superflu et les divertissements mercantiles.
Face au "scandale assourdissant de la mort", cette
"voix obscure" venue du plus profond de l'être déchiré
est là pour troubler, interdire l'assoupissement sur nos
molles certitudes. (...)"
(Georges Cathalo, in: Rétro-Viseur, no 78,
octobre - décembre 1999)

"Ce qui frappe d'abord, c'est la construction du recueil
très solide. Un triptyque soupesé: exercice du souffle;
la plus belle des morts; le sang, la bouche. A travers
ces trois titres on voit toute l'opposition vie-mort, et le
titre général "Voix obscure" couronne l'ensemble comme
le sommet d'une pyramide. Le souffle domine le corps telle
une corde d'air qui se dresse dedans, la plus belle des
morts, celle qui unit la beauté et le néant, comme un
baiser vide; le sang tourne dans la bouche sept fois
avant de se taire, de se figer ou de s'épandre. La parole
s'éteint. Lucien Wasselin écrit pour faire une littérature
inutile.""

(Jacques Morin, in: Décharge, no 1o2, juin 1999)

"Sous un certain formalisme, puisque ce recueil est
composé de trois parties, chacune regroupant 12 poèmes,
lesquels sont à l'intérieur de chaque groupe d'un même 
nombre de vers, Lucien Wasselin a écrit à l'endroit de 
l'être ou tout 'se joue autour de la déchirure. (...)
Tout cela est dit, écrit dans une langue fluide, entière,
qui s'attache au plus près du corps, au plus près de
l'être. (...)"

(Jean-Michel Bongiraud, in: Parterre Verbal, no 3o,
juin 1999)

"(...) un achèvement stylistique plus totalement mené
jusqu'à sa tension la plus extrême, la plus absolue. La
contrainte formelle (...), les incidences identiques mais
multipliées sous lesquelles le désenchantement est
montré aux prises avec la magie du néant, la vérité
réaliste des images de la désillusion, tout cela hausse
le recueil à un niveau de qualité incontestable et
envoûtant. Wasselin est le poète d'un pessimisme
héroïque. Il fonde la déception comme 'normalité'
de l'homme. Mais (...) la déception est la source
de l'espérance, le pessimisme celle d'une plus ferme
résolution. (...)"

(Armand Olivennes, in: Parterre Verbal, no 31,
septembre 1999)

"(...) Ce livre est un placement sûr!"

(Jean-Christophe Belleveaux, in: Comme ça ou autrement,
no 18)

René Welter: Un mot à la limite / A Word on the Edge / Ein Wort an der Grenze

couverture: Roger Bertemes
préface de Gaspard Hons
traduction en anglais: Janine Goedert
français - anglais - allemand
152 pages, 21 x 13 cm
12 €

"L'expérience poétique de René Welter:
Un mot à la limite

On entre avec curiosité, avec un plaisir discret et avec
quelque impatience timide dans ce recueil où poésie et
éthique se côtoient. La découverte d'Un mot à la limite,
de René Welter, n'en est que plus fascinante.

Passant aisément de la langue française à la langue
anglaise et à la langue allemande, les auteurs-traduc-
teurs Janine Goedert et Rüdiger Fischer surprennent
par des "transcriptions" marquées  d'une chaleureuse
présence. Deux traductions qui expriment une unité
de ton créant ainsi un mouvement solidaire et pluriel
avec le texte original. Un face à face qui accentue la
profondeur de la réflexion et qui permet de découvrir
les glissements incessants d'une sensibilité à une
autre. Une expérience exceptionnelle qui nous est
donnée à lire et à voir.
Il faut lire les trois textes qui se côtoient, il faut déceler
le "rapport intime" entrele texte original, souvent hermé-
tique, et les deux transcriptions qui s'éclairent et se
complètent mutuellement. Avec les trois encres de chine
de Roger Bertemes, la peinture entre en écho avec les
textes du poète. Création sublime d'un grand artiste
qui s'est associé avec toute sa finesse et toute sa
sensibilité à la voix poétique de René Welter. Dans sa
préface, Gaspard Hons nous avertit: "Un mot manquera
toujours pour rejoindre le sens profond du poème weltérien: 
pourquoi vouloir uniquement classer le poète dans l'univoque
et non loin du poète de langue allemande, Paul Celan, phare
dans la nuit du XXe siècle."

Le souffle de l'urgence

Cela nous mène tout droit dans un recueil qui se compose
de trois volets: Un mot à la limite, avec un poème liminaire
de Marcel Migozzi et de Gaspard Hons, Opération rétablir
l'espoir dans le carnet rouge et sdf. René Welter nous fait
partager Un mot à la limite où la vie et la mort, le plein et
le vide, le bien et le mal, la vision et la réalité cohabitent
et se confondent. Une expérience de pensée marquée par
un désespoir parfois lucide et stoïque où "un mot suffit / à
la limite / comme une corde".
Une subtilité tranquille et une sensibilité tout à fait préservée
et blessée annonçant une porte qui porte son poids de
précarité humaine. Avec des mots sondés jusqu'en leur acuité
douloureuse où l'essentiel "est dit / comme / toujours / sur le
seuil / le poème / de personne".
Constat implacable, rigoureux et irréfutable. Une lucidité sèche
ou quelque désespoir grinçant qui suggère des prolongements
pour engager avec "l'autre" un débat dont l'enjeu est le plus
haut qui soit.
Une écriture dense, puissante, qui ne s'accorde aucune
allégeance aux platitudes et habitudes reposantes. Une quête
intérieure tour à tour voilée, percutante et imagée. Un souffle
d'urgence avec "au bout / d'une lèvre / un mot / tu sais / sans
sortie / de secours". Une écriture qui cherche une certitude,
un frisson d'aile, la piste de nouveaux enchaînements où
"le mot / que tu ne / diras point / continue / à brûler / entre / 
ta soie / et ma lèvre".
Poèmes aux teintes grises d'amertume et de chagrin. Murmures,
lueurs, errances, traces... visions tourmentées. Images brusques
et fugitives. Tendresse à mi-voix. Plongée en soi. Une randonnée
à la limite de l'écriture: "car / même écrire / le feu / conduit à 
l'enclos / plus tard / on apprendra / les cendres / par coeur".
En même temps, une grande confiance dans les mots, un abandon
à l'écriture: "on écrit / quand / on cherche / dans le noir / le mot
prochain". Un poète qui traque le singulier, recherche le dénuement
sans sécheresse, l'expression sans ornements. Qui a le sentiment
des "dessous" et qui fait sentir les prolongements. Qui sait que
"toute / une vie / ne suffit pas / à faire / le tour / d'un seul mot".
Des poèmes qui ne sont qu'ouverture timide, interrogation inquiète
et simplicité chaleureuse. Des mots qui prennent en quelque sorte
appui sur l'abîme pour se maintenir au-dessus.
Un poète qui dit un temps de vie dans l'immédiat de l'émotion, dans
le silence d'un espoir ou dans la soif de la durée: "l'aube / pousse /
entre / l'écorce / et le coeur / elle mettra / des années / à durcir/
en nous".

Le trouble et l'éveil

On lira avec émotion les pages des deux volets Opération rétablir
l'espoir dans le carnet rouge et sdf, où René Welter prend pied sur
l'actualité, sur l'immédiat historique et la vie présente. Un corps à
corps avec l'événement, une mise en question des évidences
quotidiennes et un appel aux fondamentales ressources humaines
avec ce que cela comporte de déchirant, de précaire ou de généreux.
Une voix qui a une singulière puissance dénonciatrice. Une question
haletante et pleine de désespoir: "que répondre / à la lèvre gercée /
dans la poussière / d'un enfant / si l'on n'a plus / que la main / à
glisser / sur sa joue / creuse".
Textes éveillants et troublants qui font sentir la tension et le drame
derrière les mots. Accord de la sensibilité et de l'intellectualité simultanément
sensorielle et hermétique. Des textes qui traquent le singulier et qui
recherchent l'humain.
A côté du mot qui décrit, nie ou évoque, il y a aussi le mot qui agit,
effraie, écoeure... et qui sème la colère: "à la fin / on déboulonne /
toujours / à mains nues / les statues / mais on laisse / les socles /
de marbre".
C'est placer le mot le plus vrai pour la vérité la plus proche. Là où le
cri écoute aux portes fermées. Là où une solitude coincée dans ses
silences dit les détresses et les fragilités d'une vie où rien ne se remplace:
"combien / de souffrances / sans le silence / sur le pavé / avant de
trouver / sa place / au moins / dans le livre / qui recueille / les mots".
Un poète qui se situe du côtéde l'humain et qui dénonce les hypocrisies
et les violences de notre époque. Avec des poèmes de haut vol, sans
éloquence et sans rhétorique. Des poèmes qui surprennent par leur
charge de vie, par le témoignage d'une présence et d'une participation
qui s'appuient sur le fond intérieur d'un moi. Une quête constante qui
structure la pensée et qui donne chair à l'invisible. Une recherche
extrême de la concision, de la simplicité. Avec cette inquiétude qu'un
mot de trop puisse séparer les bouches.
Une poésie qui entretient un lignage discret avec Paul Celan. Avec des
mots qui se cherchent autant qu'ils se fuient. Est-ce un départ vers le
silence? Ou est-ce une démarche poétique qui cherche à faire surgir
ce quelque chose de plus profond que le dire des mots? Une poésie
où affleurent les remous d'une vague charriant le tragique avec la brûlure
douloureuse de cellui qui sait.
Un mot à la limite est un livre fait avec tact, rigueur et finesse. Un livre 
qui nous fait un clin d'oeil, impatient, sur le vitrail du quotidien avec des
signes qui s'appellent et avec des mains vides qui se cherchent. Un
livre qui déblaie, qui nettoie. Et qui fait confiance au pouvoir libérateur
du mot."

(Emile Hemmen, in: Tageblatt, 2oo5)

"En criant 'terre', une vigie annonce d'abord la fin de la mer, sa limite, sa
frontière. Je veux dire que la frontière appelle le cri et déclenche le vertige
de la synonymie. C'est sans doute pourquoi ce recueil de René Welter
s'ouvre sur un poème composé des seuls synonymes de 'limite' (...) Ce
prélèvement dans les dictionnaires préservant l'ordre alphabétique trace
le champ lexical de l'oeuvre et en donne surtout le plan. Cela va de la
barrière du jardin du grand poète Marcel Migozzi à la zone de combat
de l'opération restore hope qui a mis à sac le pays de Gilgamesh et de
seyyeb, l'Irak.
La limite, c'est aussi celle du langage. Et elle n'est jamais mieux mise
en oeuvre que dans les rencontres entre poètes. Voici le poème de
Welter sur le silence: 'procès-verbal / du 25 juillet 1967 // qu'avez-vous
dit / au moment des faits //(...) (le 25 juillet 1967, Paul Celan rend visite
à Martin Heidegger, dans sa hutte à Todtnauberg en Forêt Noire) (...)
Que se sont dit Marcel Migozzi, Gaspard Hons et René Welter?
Difficile de le savoir car ici c'est le recueil qui tient lieu de procès-verbal.
Et un recueil dit autant qu'il dissimule. (...) Il a certainement été question
des fleurs du jardin de Marcel Migozzi mais aussi de Grozny, du pillage
du musée de Baghdad et des SDF. La limite? Il y a longtemps qu'elle a
été dépassée.(...) les mots méritent un surcroît de vigilance car même le
cri de la vigie peut induire en erreur.Les mots sont à méditer pour qu'un
jour hope se traduise par espoir et non pas par son antonyme. On peut
cheminer toute sa vie durant dans un seul mot: 'toute / une vie / ne
suffit pas / à faire le tour / d'un seul / mot'  car un mot n'a pas de limites.

(Jalel El Gharbi, in: Tarabuste, 2oo5)

"(...) cette raréfaction rigoureusement maîtrisée du mot fait de chacun d'eux
un projectile ajusté qui ne rate jamais sa cible. Le mot encore, ses nerfs
alertés, ses muscles bandés, frappe juste, crie l'abjection, la monstruosité
des hommes face à d'autres hommes, l'injustice, l'indifférence... qu'il s'agisse
des victimes des guerres et des massacres ou, au coin de notre propre rue, 
des s d f (...)
Les mots de Welter nous emplissent du vide de ce qu'ils ne nomment pas
parce que nous ne savons que trop de quoi il s'agit et que c'est à nous,
entraînés dans ce chemin-de-lecture, de le nommer, de le mettre en
lumière au-dedans de nous, de le porter, quoi. La poésie, main tendue, aussi.
(...)

Paul Badin, in: N 4728, no 8, Angers 2oo5



Verlag im Wald © 2007
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