Gérard Bayo


D'UN AUTRE ÉTÉ

J'aime bien cet enfant
qui choisit un caillou, le jette au fond du puits
criant
le nom même de ce lieu qui l'entoure
afin qu'il soit
deux fois présent.

Plus silencieuses autour des fruits
d'un autre été et plus clémentes sont les feuilles.

Et j'aime aussi huit ou dix fois par an
revenir sur ta tombe vérifier qu'elle est vide.

Car moi aussi j'énonce, et clémentes se font
mes syllabes, cela qu'encore je ne sais;
et nous tous
sommes les feuilles au dehors et si proches.
Entrés déjà dans l'énigme tranquille
de cela qui pour être donné garde en nous le silence.

AUS EINEM ANDEREN SOMMER

Ich mag dieses Kind
das einen Kieselstein wählt, ihn in den Brunnen wirft
und den Namen des Ortes, der es umgibt
hinausschreit
um zweifach
gegenwärtig zu sein.

Stiller um die Früchte
aus einem anderen Sommer und milder sind die Blätter.

Ich mag es auch, acht- oder zehnmal im Jahr
an dein Grab zu treten, um zu prüfen, ob es leer ist.

Denn auch ich spreche aus, und milde klingen
meine Silben, was ich noch gar nicht weiß;
und wir alle
sind die Blätter draußen, so nah.
Schon eingetreten in das ruhige Rätsel dessen
was, um verschenkt zu werden, in uns schweigt.

***

LES UNES APRÈS LES AUTRES

Les unes après les autres, les lampes s'éteindront.
Elles vacilleront et s'éteindront.
L'obscurité et les ténèbres pousseront les portes en silence.
Les murs las de la chambre chercheront tes épaules et les étages
divergeront dans le froid de l'espace, pareils à des planètes
à travers un passé inconnu. Les miroirs s'éteindront.
L'air humide et brumeux ne viendra plus du fleuve
qui si tard demeurait éclairé, mais de la terre
d'un coup jetée sur toi... Plus un cri, plus une étoile
de la nuit qui fut si longue: les lourds rideaux
dans la noirceur par quelqu'un seront tirés,
à la fenêtre du nord déjà apparaîtra le soleil d'un matin,
la somptuosité éperdue
du soleil d'un matin.


EINS NACH DEM ANDERN

Eins nach dem andern werden die Lichter erlöschen.
Werden flackern und erlöschen.
Dann öffnen Dunkelheit und Finsternis leise die Türen.
Die müden Wände des Zimmers suchen deine Schultern, und die Etagen
laufen auseinander in der Kälte des Raums, Planeten gleich
durch unbekannte Vergangenheit. Die Spiegel erlöschen.
Die feuchte, dunstige Luft kommt nicht mehr vom Fluß her
der noch so spät erleuchtet blieb, sie kommt von der mit einem Schlag
auf dich hinabgeworfenen Erde... Kein Schrei mehr, kein Stern
der Nacht, die so lang war; in der Schwärze
zieht jemand die schweren Vorhänge auf
am nördlichen Fenster erscheint schon die Morgensonne
die überströmende Pracht
der Morgensonne.


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